
C'est certain, seule une franche remontée du prix du lait permettrait aux éleveurs laitiers de se remettre à niveau économiquement. Toutefois, des marges de progrès existent : c'est un des messages qu'ont voulu faire passer les intervenants de Cogedis, lors de la réunion "Action Lait 2009" qui s'est tenue le 17 novembre à Châtillon-en-Vendelais. Ils ont d'abord rappelé l'intérêt de connaître son coût de production et son point d'équilibre financier*. Le point d'équilibre est le niveau de prix du lait au-delà duquel l'activité dégage des excédents de trésorerie et en dessous duquel l'activité "consomme" de la trésorerie.
Connaître son coût de production et son point d'équilibre
"Connaître ces deux repères permet de se comparer aux groupes de références, de déceler ses points forts et les améliorations possibles. L'éleveur peut ensuite se fixer des objectifs et mesurer l'efficacité des actions mises en oeuvre", a fait remarquer Jean-Luc Pivette, responsable Cogedis sur le secteur Fougères - Vitré. "Sur le deuxième trimestre 2009, le coût de production est en moyenne de 313 euros/1000 L sur l'ensemble des adhérents Cogedis, avec de fortes disparités (257 pour le quart supérieur et 381 pour le quart inférieur). Le point d'équilibre affiche une moyenne de 327 euros/1000 L, variant de 270 à 396".
De même, il est intéressant de connaître sa trésorerie prévisionnelle et de calculer sa capacité de résistance à un instant T (c'est le nombre de mois où l'ouverture de crédit, les prêts à court terme et les autres mesures d'accompagnement financent la perte de trésorerie).
Parmi les leviers d'actions à court terme pour améliorer la trésorerie, Martine Le Rossignol, consultante, propose de réduire le cheptel de renouvellement en vendant les génisses en trop et d'éviter les gros stocks d'intrants (concentrés, phytos, engrais…) en évaluant au plus juste l'assolement à venir.
La réforme de la Pac pourrait par ailleurs avoir une incidence sur les revenus. "Dans un système lait spécialisé maïs, les aides pourraient baisser de 500 à 700 euros/UTA, alors qu'en Bio, la hausse pourrait être de 3500 à 5000 euros".
Extensif ou intensif : aller au bout son système
Dans les autres possibilités d'action, sont rappelées la valorisation au maximum des produits (plus-value lait et produit viande) et l'optimisation du coût de production. "L'alimentation, la mécanisation, le renouvellement et les bâtiments sont les quatre postes principaux et représentent 67% du coût de production. Pour optimiser son coût alimentaire, il convient d'aller au bout de son système et de tirer profit du potentiel génétique du troupeau par une alimentation adaptée". D'autres pistes ont été évoquées : utilisation des déjections, rotations, traitements optimisés… Sur les concentrés, la quantité maximale doit être adaptée au degré d'intensification du système : 777 kg/VL pour moins de 4000 L/ha SFP et 1390 kg/VL pour plus de 10 000 L/ha de SFP.
Le coût de mécanisation peut aussi être amélioré dans certains cas : l'écart est de 14 euros/1000 L entre la moyenne et les meilleurs. Sur ce point, l'agriculteur peut jouer davantage la délégation, acheter en co-propriété. "L'objectif est de 3 CV/ha en exploitation spécialisée en lait". Sur le renouvellement, trois pistes d'actions sont possibles : la diminution du coût de revient des génisses, l'optimisation du taux de réforme et l'amélioration de la vente des réformes. "Une baisse de 10% du taux de réforme entraîne un gain potentiel de 4,7 euros/1000 L", donnent en exemple les conseillers.
Agnès Cussonneau
* Point d'équilibre = charges de l'activité laitière – amortissements – intérêts LMT + annuités – vente de veaux – primes couplées – produits issus de la vente de génisses – DPU + prélèvements privés.
Photo : De gauche à droite : Jean-Luc Pivette (responsable Cogedis sur le secteur Fougères – Vitré), Martine Le Rossignol (consultante Cogedis) et Yves Colas (conseiller).
Des outils pour voir plus clair
L'outil Prévi'sim, développé par Cogedis, permet d'actualiser le coût de production et de simuler son évolution en fonction de mesures qui pourraient être prises par l'éleveur. Cogedis développe également une "offre Consultants" qui permet à l'éleveur de fixer des objectifs, avec un plan d'action et le suivi des résultats. Des économies sont là aussi possibles. Copilote Lait, initié en juin 2008, est une offre de services concernant les analyses de lait, l'expertise comptable, ainsi que le suivi vétérinaire, agronomique et environnemental.