
Cahier des charges, filière, montant des aides à la conversion, le Groupement des agriculteurs biologiques et la Chambre d'agriculture ont permis à des éleveurs conventionnels de s'informer sur ces différents thèmes, vendredi dernier à Sulniac. La rentabilité économique de l'EARL des Prairies, en bio depuis 2001, a peut-être convaincu certains éleveurs, encore hésitants, à franchir le pas.
Délégation de l'élevage des génisses
Avec 55 hectares pour produire 274 000 litres de lait, la surface était limitée pour atteindre l'autonomie fourragère. "Une bonne moitié de la surface est humide. Les rendements sont assez faibles. Nous avons donc décidé de déléguer l'élevage des génisses", indique Jean Luc Dréan, associé de l'EARL. Une vingtaine d'UGB en moins, 15 hectares de surface fourragère libérés. "Aujourd'hui nous plaçons une douzaine de génisses chaque année en pension, chez un agriculteur bio, pour assurer un renouvellement de 20% du troupeau". Le chargement de 1,1 UGB par hectare permet désormais à la cinquantaine de Normandes de produire le quota. "Le niveau de production est de 5500 litres par vache. L'objectif est d'atteindre 6000 litres". Les animaux pâturent 300 jours dans l'année dont une centaine en "plat unique". Les vaches consomment beaucoup de stocks: foin enrubanné, maïs ou sorgho sucrier. "L'alimentation se résume à 3 tonnes de matière sèche de stocks et 2,5 tonnes de pâture par vache". La ration hivernale est à base de 6 à 8 kilos d'ensilage (maïs ou sorgho), de foin et d'enrubanné complétés par 1,5 kilo de correcteur azoté (bouchon de luzerne) et de 1,5 kilo de mélange céréalier. "Le mélange céréalier est également distribué en période estivale. Au total, chaque vache dispose de 600 kilos de concentrés, soit 115 grammes par litre de lait". Les vêlages sont répartis sur l'ensemble de l'année.
Bonne rentabilité économique
Les produits de l'exploitation, ramenés aux mille litres de lait, atteignent 633 euros (dernier exercice comptable). Les charges opérationnelles et les frais généraux, respectivement de 135 et 164 euros/1000 litres, permettent à l'EARL des Prairies de dégager un EBE de 334 euros, aux mille litres, soit 53% du produit. Les bâtiments sont fonctionnels (aire paillée, couloir d'alimentation). La mise aux normes a été réalisée en 2003 (fosse couverte et fumière). Le matériel en propriété se limite à un tracteur de 80 cv, une remorque distributrice, une pailleuse, une barre de coupe et un andaineur. L'exploitation adhère à une Cuma intégrale, pour les travaux de culture et le compostage. Les récoltes sont réalisées par entreprise. L'EBE permet donc de couvrir les charges financières liées aux investissements, de rémunérer le travail des deux exploitants et d'envisager de nouveaux projets: la construction d'un hangar à fourrage et la production d'électricité grâce à un équipement photovoltaïque.
Bernard Laurent
Photo : Jean Luc et Raymonde Dréan ont accueilli des éleveurs, intéressés par une conversion en bio, lors de la porte ouverte de leur exploitation vendredi dernier.