
Dans un contexte global de crise, l'agriculture bretonne est confrontée à des difficultés. "Les jeunes ont, de moins de moins, la capacité à accéder au foncier et à s'installer", souligne Denis Paturel, directeur d'Agro Bio Europe, devant les 250 participants des journées de formation du Creap à Pommerit- Jaudy. "Ils voient les difficultés de leurs parents à gérer l'exploitation, et observent aussi le mode de vie de leurs amis, dans une société axée sur les loisirs". Pourtant, il existe des opportunités et les agriculteurs seront de plus en plus nécessaires pour nourrir le monde.
Revenus trop faibles
Pour Olivier Allain, président de la Chambre d'Agriculture des Côtes d'Armor, "l'absence de revenu est la principale clé des problèmes. Compte tenu de la quantité de travail et du montant des investissements, les revenus ne sont pas à la hauteur et ceux de 2010 seront catastrophiques". La réforme de la Pac et la révision du budget en 2013 risquent d'aggraver la situation. "Je suis, néanmoins optimiste, car nous avons le potentiel et la capacité à produire, dans un secteur porteur d'avenir", confie le président.
Denis Manac'h, président de Coopagri Bretagne ajoute les contraintes liées à l'environnement. Il considère que "le point fort de la région, ce sont ses hommes et ses femmes". Pour Alexandre Gohin, directeur de recherche à l'Inra, "la diversité des structures rend difficile l'adoption d'une position commune, d'où un certain immobilisme". Il souligne l'insuffisance des efforts de recherche et développement, pour améliorer la valeur ajoutée. "L'agriculture bretonne a une image négative alors que vous êtes en avance par rapport aux autres régions", déclare le chercheur.
Modèles diversifiés
Quel modèle breton pour l'avenir ? "Plutôt une diversification des modèles par segment de marché", déclare Denis Manac'h. "Les Bretons résisteront mieux grâce à la densité de production". Pour Olivier Allain, "Le modèle familial a prouvé son efficacité. Celui des grosses exploitations, prôné par Bruxelles, est un choix purement économique, il n'est pas adapté aux zones d'élevage. L'Europe doit encadrer davantage les marchés. Elle peut mieux faire pour maintenir une agriculture nombreuse". Et Denis Paturel ajoute "tous les modèles devront prendre en compte l'environnement".
La marge de manœuvre est étroite, mais les idées ne manquent pas. Pour Joseph Gauter, de l'Observatoire de l'enseignement agricole "Les agriculteurs sont sortis de leur isolement et la formation a un rôle à jouer". La formation aux bases de l'agronomie et à l'économie sont deux clés essentielles. En effet, les prix seront de plus en plus volatils, d'où l'intérêt de bien connaître ses coûts de production, de négocier et de gérer les risques. "Et de savoir travailler ensemble", ajoute Denis Manac'h.
Capacité d'analyse
Pour Jean Salmon, président du Creap, l'enseignement agricole doit donner aux jeunes "la capacité à combiner les facteurs de production qu'ils ont à leur disposition". L'individualisation du parcours de formation est un vrai challenge. "Puis, tout au long de la carrière, la formation reste le premier maillon du progrès, avec l'approche collective, de manière à s'enrichir de l'expérience des voisins".
"Je suis persuadé que les jeunes qui vont s'installer seront des gens respectés car l'alimentation deviendra une denrée rare", estime Jean Salmon. La demande mondiale doublera alors que la surface productive va diminuer. "Compte tenu de la volatilité des prix, la formation à l'analyse devient essentielle. Et la devise "Voir, juger, agir", reste pertinente".
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Denis Manac'h, Olivier Allain, Denis Paturel, Jean Salmon.