
Nicolas Sarkozy a annoncé le 27 octobre que « la contractualisation s’appliquera dans la filière laitière dès 2010 par la loi ». Est-ce réalisable dans ce « timing » serré ?
Henri Brichart : Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, comme dit le proverbe. Le calendrier défini par le chef de l’Etat est serré. Evidemment le politique doit montrer qu’il agit mais la situation de la filière laitière, on le sait et on l’a vu, est compliquée. Les semaines qui viennent seront elles aussi complexes. Dans ce contexte, le calendrier annoncé par le président est trop court pour nous permettre d’envisager cette contractualisation sereinement. Elle ne pourra pas fonctionner si on ne donne pas le temps aux acteurs de la filière de la préparer et aux producteurs de s’organiser.
Vous avez depuis de nombreux mois défendu une contractualisation équitable entre les producteurs et les transformateurs. Avez-vous aujourd’hui obtenu les verrous nécessaires pour protéger les producteurs dans cette négociation forcément déséquilibrée ?
Aujourd’hui, il manque des éléments de sécurisation pour les producteurs dans ce que j’ai appelé le paquet global. Qui est en capacité de négocier les contrats proposés par les industriels ? C’est la première question à soulever. Notre réflexion à la FNPL est de permettre et de favoriser l’organisation de producteurs. Ces organisations ayant au moins un mandat de négociation. On aurait pu imaginer la création d’organisations de producteurs dites syndicales. Mais, au final, si le syndicalisme a le rôle d’une organisation économique, il faudrait recréer une « structure syndicale » dont le rôle serait d’agir comme un aiguillon. Ce n’est finalement pas très logique. Donc, à la FNPL on plaide pour un schéma qui sépare les organisations économiques des producteurs des autres structures dédiées au syndicalisme.
Philippe Mangin a qualifié de « chienlit » la tentation, s’agissant des coopératives, de créer deux
instances : l’AG des producteurs adhérents à la coop et une autre AG des mêmes adhérents à l’association. Vous êtes du même avis ?
Le terme de chienlit me semble un peu fort. Il n’empêche. Je comprends la logique de Philippe Mangin en tant que président de la coopération française. Les adhérents des coopératives sont en effet représentés au conseil d’administration. Dans le secteur du lait, il existe néanmoins quelques structures, face aux coopératives de défense des producteurs. Pour nous, la priorité est d’abord de s’organiser face aux entreprises privées. En effet, les producteurs dans les coopératives sont déjà sous contrat. La France a cette caractéristique d’avoir un secteur privé prépondérant.
Etes-vous favorable au système de double prix défendu par la coopération laitière ?
La FNPL n’a pas tranché sur cette proposition. Le fait de définir un volume et une valorisation en adéquation avec le «métier» de l’industriel peut être discuté. Se donner ainsi plus d’effets directeurs sur le lait qui sort de nos fermes ne me choque pas. Discuter du niveau du prix du lait en amont de sa livraison peut également nous permettre d’introduire dans cette négociation la notion de coûts de production. Dans ce système de double prix, les producteurs auraient le choix d’y aller ou pas en réagissant comme les chefs d’entreprise qu’ils sont. Ce modèle pose aussi des interrogations. La tentation peut être grande pour les industriels de casser le marché des produits de grande consommation en vendant des produits plus compétitifs car fabriqués avec ce lait moins cher, destiné normalement aux débouchés peu valorisés. C’est le problème de la transparence et de l’étanchéité des prix.
Comment envisagez-vous les modalités de négociation pour le prix du lait 2010. Auront-elles lieu dans le cadre strict de l’interprofession ?
Au sujet du prix du lait 2010, l’accord du 3 juin 2009 a défini des formules qui doivent s’appliquer. C’est très simple. La FNPL demande le respect de cet accord pour 2010. Nous l’avons exprimé publiquement il y a quelques semaines sous la forme d’un communiqué. Je n’ai, à ce jour, pas eu de réaction de la part des industriels. Selon cet accord qui se veut plus en phase et plus réactif avec le marché, les éléments du prix du premier trimestre 2010 sont dictés par les tendances du quatrième trimestre 2009. Depuis octobre, on assiste à un frémissement des marchés des produits industriels. Le prix du premier trimestre 2010 sera donc en hausse. Difficile de dire de combien. Il nous manque deux mois (novembre et décembre) pour appréhender cette hausse de manière précise.