
Pour répondre à la question : comment faire pour résister, les élevages du Finistère ont été passés à la loupe.
Après deux années déficitaires, 2009 devrait globalement s’afficher à l’équilibre. Cela signifie que la moitié des élevages commence à se refaire financièrement tandis que l’autre moitié continue de dégrader des critères déjà dans le rouge. Afin de mettre en évidence les profils de ceux qui résistent en temps de crise, les élevages spécialisés naisseurs-engraisseurs du Finistère ont été classés selon les critères financiers de leur dernier bilan (*). Le quart des élevages les mieux financièrement affichent une trésorerie à -0,13 euro/kg net. Ils sont endettés à moins de 50%. A l’opposé, le quart des élevages avec les critères financiers les plus dégradés ont vu leur trésorerie plonger trois fois plus vite pour s’afficher à -0,66 euro/kg. Ils atteignent un endettement moyen de 100%. Ce constat pose la question : comment un tel écart s’est creusé ?
Une meilleure marge sur coût alimentaire
Les élevages en bonne situation financière ont dégagé l’an dernier 210 euros de marge brute par truie de plus que ceux qui sont en situation financière les plus dégradées. 80% de l’écart se mesure déjà au niveau de la marge sur coût alimentaire. Les critères techniques sont un peu meilleurs. En terme de productivité, +0,6 porc de plus par truie. L’indice de consommation (IC) est mieux maîtrisé à 2,99 contre 3,08. Dans le contexte aliment de la période étudiée c’est loin d’être négligeable. Leur prix de l’aliment est inférieur de 6 euros/tonne avec une part de céréales autoproduite plus importante. La marge sur coût alimentaire est la résultante entre le produit de l’atelier et la charge alimentaire. Une meilleure valorisation des porcs avec une plus-value supérieure permet là aussi de créer un différentiel.
Sur les autres postes de charges opérationnelles: frais vétérinaires, frais de reproduction… les petits écarts cumulés font au final plusieurs euros.
En croisant, le profil financier avec le profil technique, c'est-à-dire que de la même façon les élevages sont classés selon leurs performances techniques (prolificité et IC), les constats sont : un tiers des élevages avec les situations financières les plus dégradées ont également de moindres performances techniques. A l’inverse, la performance technique ne suffit pas pour se positionner dans les meilleurs financièrement.
Des exploitations plus autonomes
La structure d’exploitation diffère sur plusieurs points. Les mieux financièrement ont en moyenne un atelier 213 truies contre 279 dans les élevages aux situations financières plus dégradées. Ils ont un lien au sol un peu supérieur. Ils sont deux fois plus nombreux à être autonomes en engraissement. Cela rajoute 50 euros de différentiel sur la marge par truie. Pour autant, la question du rapatriement des porcs sur site n’est pas si simple. L’intérêt économique se mesure au cas par cas en fonction du gain potentiel que l’on peut attendre sur une amélioration des performances techniques, de la main d’œuvre disponible ou non. D’un autre côté, cela peut entraîner des coûts de traitement supplémentaires…
Le cumul des années fait la différence
Les meilleurs financièrement ne font pas forcément partis des tous meilleurs en terme de coût de revient mais se positionnent tout de même en dessous de la moyenne. Sur la partie des charges opérationnelles + façonnage, leur avantage se chiffre à 0,10 euro par kg par rapport aux moins bons financièrement. Sur la partie structure, les plus d’un côté et les moins de l’autre se compensent : un coût plus élevé pour la rémunération des capitaux propres, plus de cotisations exploitants du fait des meilleurs revenus, tout cela compensé par des frais financiers bien inférieurs. Quant aux amortissements, ils sont logiquement un peu supérieurs avec un nombre plus important de places d’engraissement.
Au fil des années, c’est le cumul de ces écarts qui créent la différence. Les plus endettés aujourd’hui étaient déjà fragiles avant la crise. Les autres ont pu se constituer des réserves, une épargne de précaution. Leurs prélèvements privés sont de ce fait beaucoup plus restreints en temps de crise limitant la dégradation de leur trésorerie.
Véronique Kerlidou
CER FRANCE Finistère
(*) Base de l’étude :
280 élevages Naisseurs-engraisseurs spécialisés avec des dates de clôtures entre juillet 2008 et juin 2009 (moyenne mi-février 2009)
Légende : Pour la période étudiée les élevages en bonne santé financière ont un prix de l’aliment inférieur de 6 euros par tonne avec une part de céréales autoproduite plus importante.