Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Finistère (29)
Algues vertes / La FDSEA voit rouge
 

Georges Guézenoc, agriculteur à Kerlouan, rappelle, « qu’il y a 50 ans déjà, les anciens ramassaient les algues vertes sur la plage. On se disputait presque pour avoir sa part ». Des propos qui montrent que le phénomène des algues vertes tant médiatisé depuis l’été n’est pas nouveau. La bibliographie, elle, mentionne le phénomène dès 1924.
Ce qui est nouveau, c’est le procès fait aux agriculteurs depuis le début des années 90. Avec une certaine « unanimité consensuelle » quant à la responsabilité agricole. Une unanimité partagée par la communauté scientifique et relayée par la société, mais vivement contestée par le syndicalisme majoritaire finistérien… et quelques rares scientifiques. Comme Christian Buson, ingénieur agronome et président de l’Institut de l’environnement, qui dénonce « un objectif de 10 mg/l de nitrates, sorti d’un chapeau sans fondement scientifique ».


L’azote « terrigène » n’explique pas tout


Chiffres à l’appui, Christian Buson estime sans détour que « le lien supposé entre l’activité agricole, l’élevage, les nitrates et les algues vertes est un mythe entretenu par des idéologues militants ». Et d’expliquer  « qu’une fois traduites en matière sèche, les 40 à 50 000 tonnes d’algues vertes qui s’échouent sur les côtes bretonnes ne représentent que l’équivalent de la production de 300 à 500 ha de fourrage ».
Il calcule que « selon les années, la quantité d’azote nécessaire pour produire les 4 000 tonnes d’algues qui s’amassent dans la baie d’Hillion (22) varie de 6 à 31 tonnes ». Il en déduit que « l’azote n’est ni le facteur limitant, ni le facteur de maîtrise du phénomène ».
Ce spécialiste de l’environnement qui « éprouve beaucoup de difficultés à se faire écouter dans le monde scientifique » met en évidence que ce n’est pas forcément là où il y a flux d’azote qu’il y a algues vertes. Il prend ainsi l’exemple de la Rade de Brest où se déversent plusieurs milliers de tonnes d’azote sans qu’il y ait prolifération d’algues vertes. À l’inverse des baies du Nord Bretagne nettement moins chargées connaissent des poussées régulières d’ulves.
Force de chiffres, le patron de l’Institut de l’environnement rappelle encore que l’azote « terrigène » (originaire des continents) ne représente qu’une fraction de l’azote présent dans la mer.
« Les rejets atmosphériques représentent déjà 10 kg/ha/an. Ce à quoi il faut ajouter les rejets de la biologie marine. Malgré tout, on ne retient que les nitrates des cours d’eau alors qu’ils ne représentent que 50 % de l’azote total du milieu marin ».


Ramassage en mer


Christian Buson, qui considère que « la correspondance entre élevage et dégradation des eaux est une légende », juge inaccessible l’objectif des valeurs fixées par la communauté scientifique. La solution radicale qui consisterait à implanter des prairies non fertilisées et fauchées ne suffirait pas à atteindre les critères. Des propos qu’avait déjà tenus, en février 2007 dans le département, Philippe Merot, chercheur à l’Inra. Il déclarait à l’époque au sujet du bassin versant de l’Horn : "Le seul scénario qui permettrait de respecter les 50 mg à l'horizon 2015, c'est celui qui prévoit la généralisation des prairies permanentes fauchées sur l'ensemble de la SAU du bassin". Et l’on ne parlait pas encore des 10 mg évoqués aujourd’hui.
Bref, l’équation est loin d’être résolue. Mais « il y a urgence de passer à l’attaque », déclare André Sergent, président de la commission environnement de la Chambre d'agriculture. La solution préconisée par ce responsable est « le ramassage des algues en mer » avant qu’elles ne s’échouent sur les côtes et les écrans de télévision. Quant au débouché, il semble déjà trouvé : l’industrie serait très intéressée par cette matière première.

Didier Le Du


Photo : Lundi soir, le conseil d’administration de la FDSEA a organisé une réunion sur les algues vertes. De gauche à droite : Christian Buson, Institut de l’environnement ; Thierry Merret, président de la FDSEA ; Marie-Hélène Philippe et Daniel Hanocq, ingénieurs à la Chambre d'agriculture. 



 Une équation pétrie de complexité

Lors de la rencontre organisée par la FDSEA, Marie-Hélène Philippe et Daniel Hanocq, ingénieurs à la Chambre d’agriculture, ont livré un certain nombre de chiffres aux agriculteurs.
Effectifs animaux : Sur la dernière décennie, la production porcine a augmenté de 10 % sur le département. Dans la même période, les effectifs de bovins ont reculé de 15-20 %, soit quelque 100 000 têtes (30 bovins en moins par jour).
De 2004 à 2008, l’azote restant à épandre après résorption est passé de 132 unités/ha à 102 unités.
« Le Sdage prévoit une réduction de 30 à 60 % des flux de nutriments arrivant dans les baies ».
« Une fois gommé l’effet pluviométrie qui explique des variations d’une année sur l’autre, on constate que le facteur source d’azote a baissé de 20 mg/l depuis le début des années 90 ».
« Dans le Finistère, les tonnages d’algues vertes récoltées ont été divisés par deux depuis 1990, mais deux fois plus de communes sont concernées. La quantité collectée par commune a été divisée par quatre de 1985 à 2006 ».



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Date de l'article : semaine du N° du 13 au 19 Novembre 2009
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