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Morbihan (56)
Pour éviter une crise alimentaire mondiale / Enrayer la pauvreté des paysans du Sud
 

Les émeutes de la fin en 2008, dans certains pays du Sud, ont révélé la possibilité d'une crise alimentaire mondiale de grande ampleur. Les raisons de cette crise perdurent. L'inégale répartition des richesses reste une menace. Pourtant, "Les 2200 calories nécessaires par habitant et par jour sont couvertes par la production de 200 kilos d'équivalent céréales par an et par habitant. Or, la production mondiale est déjà de 300 kilos", indique Marc Dufumier, de l'Inra Paris- Grignon. Les 100 kilos supplémentaires permettent de produire des agrocarburants, de nourrir des animaux, et, pour une partie de la population mondiale, de consommer de la protéine animale.


La malnutrition touche essentiellement des paysans


Le paradoxe tient au fait que ce sont les ruraux qui sont les plus touchés par le manque de nourriture. "Les deux tiers des gens qui souffrent de malnutrition dans le monde sont des paysans. Le tiers restant vient de subir l'exode rural". Que faire alors ? La réponse est sans appel. "Permettre, en premier lieu, aux pays pauvres de protéger leur agriculture en instaurant des droits de douane. Cesser d'importer les surplus des pays occidentaux qui cassent les prix des produits locaux". Seuls des prix rémunérateurs, stables et incitatifs permettront à ces pays d'atteindre l'autosuffisance alimentaire en doublant leur production végétale d'ici 2050. En parallèle, l'Union européenne, entre autres, doit renoncer à exporter ses produits subventionnés et réguler ses productions excédentaires telles que le lait, le sucre ou les céréales. En résumé, conduire une politique à l'opposé de celle désormais adoptée par la Commission européenne. Le libre-échange est selon lui une hérésie. "Il y a, environ, 200 fois plus de travail dans un sac de riz produit en Casamance, au Sénégal, que dans un sac produit aux États-Unis ou en Camargue. Ils se retrouvent pourtant au même prix sur le même marché Africain. Si nous acceptons cette politique déloyale libre-échangiste, nous devons aussi accepter que des travailleurs de ces pays viennent concurrencer notre main-d'œuvre dans nos entreprises". Le libéralisme et la politique des avantages comparatifs trouvent ici leurs limites. "Avec de tels prix cassés, jamais un paysan du Sud ne pourra investir pour améliorer sa productivité et ses conditions de travail".


Indépendance européenne en protéines


 


Dans le même temps, l'Union européenne doit reconquérir son indépendance protéique, en développant la culture de légumineuses au détriment des céréales. Légumineuses aux bienfaits agronomiques, économiques  et même climatiques, selon l'agronome. "Elles captent de l'azote local et évitent d'importer de l'azote minéral dont la fabrication est dévoreuse d'énergie". Une belle pierre à mettre dans le jardin de Kyoto, avant la prochaine conférence de Copenhague sur le changement climatique.


Agrocarburants et protéines animales


Pour éviter une prochaine crise alimentaire mondiale, la production d'agrocarburants doit cesser en Europe et ne pas être encouragée ailleurs. "Notre production européenne, à partir de betteraves ou de céréales, n'est pas concurrentielle par rapport à celle, à base de canne à sucre, des pays tropicaux". La production de protéines animales, considérée par certains comme un gaspillage de ressources végétales, n'est pas dans le collimateur de l'expert agronome. "Nous devrions en consommer moins, essentiellement pour des raisons diététiques". Les Américains en consomment 120 kilos par an, les Européens 80, les Indiens 2 et les Somaliens n'en voient pas la couleur. Un rééquilibrage s'opérera inéluctablement avec l'augmentation de la richesse dans les pays émergents. Pour Marc Dufumier, la réponse, pour éviter un "crash" alimentaire, frôlé il y a seulement quelques mois, est donc politique. Elle impose une remise en question des accords de l'Organisation Mondiale du Commerce. Pas vraiment une sinécure.

Bernard Laurent




 


Légende : Culture de riz au Sénégal : «  il y a 200 fois plus de travail dans un sac de riz produit en Casamance que dans un sac de riz produit aux États-Unis »

 



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Date de l'article : semaine du N° du 13 au 19 Novembre 2009
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La révolution rurale des années 60





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