
Le tourteau de soja 48 constitue l’aliment protéique de référence pour équilibrer une ration hivernale à base d’ensilage de maïs. Reste que, son cours, parfois erratique comme on l’a vu l’an dernier et comme on le verra encore, doit être suivi à la trace. Il ne faut en effet pas oublier que la volatilité touche désormais les denrées agricoles devenues des matières spéculatives. Vendredi dernier, des journaux économiques parlaient de « semaine volatile pour le blé, maïs et soja ». Pour autant, il ne semblerait pas y avoir de menace à court terme.
Autant de raisons cependant pour réfléchir en amont à toute évolution défavorable du marché. Car d’autres sources de protéines peuvent remplacer avantageusement le soja dans les rations des laitières. « Ces autres sources présentent bien sûr des valeurs azotées inférieures au tourteau de soja », rappelle Thierry Jeulin, de la Chambre d'agriculture de l’Orne. « Mais au contraire de ce dernier, certaines se distinguent par des valeurs énergétiques et minérales supérieures ».
Le colza 35, les drêches de blé
Si produire sa source protéique peut être une voie, acheter des protéines issues de l’industrie de l’énergie peut aussi montrer un intérêt. « C’est une voie efficace aussi bien au niveau des performances que du point de vue économique ».
Parmi ces produits, le tourteau de colza 35 a fait ses preuves dans de nombreux élevages : « Plus de lait, moins de TB et plus de TP suite au passage du tourteau de soja 48 au colza 35 sur régime ensilage de maïs ». Mais le colza 35 a aussi fait ses preuves en termes économiques « avec un prix de marché régulièrement inférieur au prix d’intérêt ». Et d’expliquer : « Pour de nombreux interlocuteurs de l’élevage, il est souvent retenu un prix d’intérêt objectif de 80 % du prix du tourteau de soja ». (C’est-à-dire quand le prix du colza est inférieur à 80 % de celui du soja).
Les drêches de blé, arrivées sur le marché avec la production d’éthanol, se développent depuis 2-3 ans. « Aujourd’hui, la première difficulté dans la valorisation de ce type de coproduit réside dans la réelle variabilité de la valeur alimentaire des produits proposés. Il faut donc être prudent par rapport aux teneurs annoncées de 1,06 à 1,20 UFL/kg MS – 204 à 267 PDIN – 129 à 230 PDIE. »
La seconde difficulté provient du fait que la pratique de certains utilisateurs de drêche (distribution de plus de 5 kg par jour et par vache laitière) mettent à mal des recommandations sans doute anciennes qui limitaient les quantités distribuées à 2-3 kg de MS/VL/jour. Autre précaution : à 60 % d’humidité, les drêches sont assez difficiles à conserver.
Connaissance des marchés
Reste que, si le choix de la matière première est important, la recherche du meilleur prix d’achat permet le cas échéant d’alléger la facture. « Ce qui nécessite une bonne connaissance de l’évolution des marchés ».
« Pour sécuriser le prix d’achat, il est possible de s’approvisionner sur le marché en réalisant des achats groupés de camions de 25 tonnes », conseille T. Jeulin. « La prise en compte d’un prix d’intérêt pour chaque matière première peut compléter la gestion des achats. Par la suite, une meilleure connaissance du coût de production du litre de lait produit permettrait sans nul doute de conforter sa décision, comme l’ont très bien compris les producteurs de porcs ».
D. Le Du
Photo : Les sources de protéines autres que le soja peuvent corriger les rations des laitières. Une bonne connaissance de leurs valeurs et la maîtrise de leur utilisation sont toutefois nécessaires.
Produire ses concentrés
Une bonne valorisation du tourteau gras de colza par les vaches laitières (pas plus de 5 % de MG par kg ingéré de MS) réside dans la maîtrise de sa teneur en matière grasse. L’objectif optimal étant d’être à 15 % et moins. Sur des rations à base d’ensilage de maïs en début de lactation, le passage d’une ration équilibrée avec du tourteau de colza 35 à du tourteau de colza gras (18 % matière grasse) s’est traduit à la station expérimentale de la Blanche Maison, dans la Manche, par une moindre ingestion, une production laitière identique, une hausse de TB de 0,3 point et une baisse du TP de 1,9 point. La réponse animale, comme l’ont démontré d’autres essais, est fortement dépendante du régime fourrager et du stade de lactation.