En présentant le budget 2010 de l’agriculture devant une commission élargie de l’Assemblée nationale, Bruno Le Maire a rappelé que certains États membres souhaiteraient voir un budget de la Pac fortement réduit en 2013. « Il faut élever le débat pour sauver la Pac après 2013 » commentait-il, « alors que la faim dans le monde va devenir un sujet majeur dans les années à venir ». C’est ainsi qu’il propose de remplacer la Pac, politique agricole par une politique alimentaire. Comme son ministère, qui s’appelle désormais ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche. Ces changements ne sont pas anodins mais révélateurs d’une nouvelle orientation de la question alimentaire et de son lien renforcé avec l’agriculture. A contrario, le « laisser-faire » économique a abouti à une concentration de la production là où cela coûte moins cher à produire. Ainsi notre riche Europe peut se nourrir à des prix compétitifs de viande bovine du Brésil, agneau de Nouvelle-Zélande, pommes du Chili etc... et avec moins d’agriculture, déplacer les priorités budgétaires vers la recherche et les nouvelles technologies. C’est en substance la teneur inquiétante de la récente communication faite en préliminaire à la réflexion sur le budget communautaire d’après 2013. Où il apparaît que l’agriculture n’est pas une priorité « alimentaire » mais écologique dans son rôle sur la question climat-énergie. Pourtant que veulent les consommateurs ? Une nourriture de proximité en lien avec le territoire; une souveraineté alimentaire devenue priorité depuis la dernière crise alimentaire ; une assurance sur la qualité sanitaire des produits agricoles. Et c’est cette politique alimentaire qui permettra de valider, de justifier et de donner un nouveau sens à la politique agricole.