Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
Sommaire | " ENVIRONNEMENT " | Article n°10041 |
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Algues vertes / Pas de solutions miracles en vue - Un rapport qui illustre surtout la difficulté à résoudre le problème
 

Pas une semaine ne semble pouvoir se dérouler sans que le dossier des algues vertes ne revienne sur le devant de la scène. Dernier épisode, la polémique provoquée par le rapport sur les algues vertes que Jean-Louis Fargeas, préfet des Côtes d’Armor, a adressé aux services du Premier ministre et de la Secrétaire d’Etat à l’Environnement. Il aurait dû rester confidentiel, mais s’est retrouvé rapidement sur la place publique. 
Le moins que l’on puisse dire est qu’il a jeté un trouble certain dans une partie de la profession agricole. Elle y voit les prémices à de nouvelles mesures drastiques sur les bassins versants, et surtout sur les plus sensibles aux algues vertes pour lesquels des dispositions doivent être annoncées avant la fin 2009.


Changement profond des pratiques agricoles


Dans ce rapport, le préfet fait d’abord un constat des actions conduites, soulignant que les résultats ne sont pas au rendez-vous, du moins pour espérer enrayer le phénomène des marées vertes. Il note cependant que les différents programmes ont permis de stabiliser les apports azotés dans les eaux bretonnes.
En s’appuyant sur une étude de l’Inra sur le bassin de la Lieue de Grève, très concerné par le phénomène algues vertes, il explique que le taux de nitrates de 30 mg/l devrait descendre à 15 voire 10 mg/l pour obtenir des résultats tangibles sur les marées vertes. Ce qui impliquerait ni plus ni moins, d’arrêter toute activité d’élevage, puisqu’il faudrait une conversion totale des terres en prairies fauchées et non fertilisées. Un scénario qu’il juge lui-même irréaliste.
Mais le constat met aussi en avant le fait que « la diminution visible et notable du phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés ». Avec un coup de griffe à la profession puisqu’il ajoute « ce que la profession agricole n’est pas prête à accepter pour le moment ». Reconnaissant qu’il s’agirait « pour 25% des exploitations du département (Plus de 2000 situées sur les deux secteurs sensibles costarmoricains - La Lieue de Grève et Baie de St-Brieuc) de changer le modèle économique existant ». Il poursuit « cette évolution n’est pas envisageable pour le moment, le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer ».


Accompagnement indispensable


Reste que la pression de l’opinion publique et des associations impose de nouvelles orientations et propositions. Le rapport détaille donc quelques mesures permettant de renforcer les moyens d’actions de l’Etat. Parmi celles-ci, la mise en place de programmes d’action dits ZSCE (Zones soumises à contraintes environnementales) qui permet de passer par une phase volontaire, puis obligatoire pour des mesures de type MAE à adapter aux territoires concernés.
Il évoque également un programme spécifique algues vertes en passant en revue, sans les détailler, les contraintes qui pourraient être imposées sur les apports azotés, le calendrier d’épandage, les pratiques agronomiques et culturales (fertilisation des prairies uniquement au printemps, limitation du pâturage, céréales de printemps …), la diminution d’effectifs … Ce qui impliquerait de nouveaux financements pour rendre les mesures attractives.
Ce rapport, applaudi par les associations environnementales, a évidemment fait bondir une partie de la profession (voir réactions ci-dessous). Elle redoute dans un contexte de crise le découragement des agriculteurs qui ont le sentiment d’avoir fait des efforts importants au travers des mises aux normes et des évolutions de pratiques. Mais à qui on risque de demander encore et toujours plus.

Pierre Dénès




Quelques réactions


La majorité professionnelle (Chambre régionale, syndicats majoritaires -FRSEA/JA, organisations économiques) indique que « la proposition visant à supprimer l’agriculture sur les bassins versants concernés par les algues vertes se traduirait à l’échelle de la Bretagne par la suppression de 19 000 emplois ». Les élus sont fustigés : « Dorénavant nos élus ne pourront plus avoir deux discours. Flatter les agriculteurs quand ils les croisent dans les comices et manifester aux cotés de ceux qui voudraient rayer de la carte la production agricole ».
« La profession agricole attend désormais des réponses circonstanciées, et sans langue de bois, de la part des élus départementaux, régionaux et nationaux sur leurs ambitions précises en matière d’agriculture. Et explique que « si l’agriculture bretonne n’est plus nécessaire, le pouvoir politique devra rapidement dire s’il entend stopper les installations, bloquer les permis de construire, fermer des classes d’enseignement agricole ..., et prendre les décisions qui s’imposeront pour accompagner la désertification des communes rurales ».
 


À la Confédération Paysanne, le contenu du rapport est globalement perçu comme la restitution d’une évidence de la situation et de la nécessité de prendre de nouvelles orientations. « Nous partageons l’idée qu’il faut révolutionner le modèle économique », souligne Thierry Thomas, porte parole régional. Partant du constat que si le phénomène algues vertes ne s’exprime que sur certains secteurs spécifiques, tout le littoral est affecté, la Confédération estime qu’une nouvelle politique agricole régionale est nécessaire, applicable à tous les agriculteurs. « Elle est possible notamment par le redéploiement des aides PAC ». Pour Thierry Thomas, l’agriculture ne peut s’arc-bouter sur un modèle qui se fait au détriment des autres secteurs d’activité (ostréiculture, mytiliculture, pèche, tourisme). « D’autres pratiques plus liées au sol, dans des systèmes plus herbagers ou bio ont déjà montré leur efficacité économique. Et ne rien changer ne peut conduire qu’à une impasse». 



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Date de l'article : semaine du N° du 30 Octobre au 5 Novembre 2009
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