
Depuis plusieurs mois, la filière avicole bretonne teste et analyse des solutions pour réduire la facture énergétique dans les poulaillers. "En volailles de chair, la charge de gaz représente 10 % de la marge PA. C'est l'un des postes où l'éleveur dispose de leviers pour agir", résume Jean-Michel Choquet, président du Cravi. Avec différents partenaires, cet organisme a réalisé un voyage aux Pays-Bas, en 2008, pour analyser les matériels utilisés par les éleveurs hollandais. Des essais ont été engagés dans des élevages de l'Ouest, avec des résultats concrets (voir hors-texte). Stéphane et Marie-Astrid Dahirel de Lanouée (56) ont choisi d'investir dans des échangeurs de chaleur Systel.
Les calories de l'air sortant
"Avec 5 500 m2 de poulailler, ma charge de gaz représente 27 500 euros par an. Toute économie sur ce poste est bonne à prendre", souligne Stéphane. "Mon poulailler le plus récent est bien isolé et étanche. Il consomme 10 t de gaz par an (6,6 kg/m2). Dès que les ventilateurs se mettent en route, ils extraient de l'air chaud chargé d'humidité et font rentrer de l'air frais, plus froid, par les trappes. Pourquoi ne pas utiliser ces calories pour réchauffer l'air entrant ?"
L'utilisation d'un échangeur à plaques permet, en effet, de limiter les déperditions d'énergie en réchauffant l'air extérieur avant de l'introduire dans le bâtiment. L'air intérieur, chaud et humide, est aspiré par un ventilateur, il traverse le bloc de l'échangeur avant d'être rejeté hors du poulailler. L'air extérieur, froid et sec, aspiré par un autre ventilateur, passe en flux croisé dans le bloc de l'échangeur, sans être en contact avec l'air vicié, avant d'être introduit dans le bâtiment.
Par doseurs cycliques
"J'ai choisi d'installer 3 échangeurs de 5 000 m3/h dans le bâtiment de type Colorado de 1 500 m2", explique l'éleveur. Ils ont été montés du même côté que les ventilateurs (sortie d'air). Ces échangeurs ne fonctionnent pas en progressif, mais en doseur cyclique. En fonction du besoin de ventilation calculé par le boîtier Avistar, les échangeurs fonctionnent, par tranche de 5 000 m3 d'abord, puis au-delà de 15 000 m3, le relais est pris par les ventilateurs de 11 000 m3. Le besoin de ventilation est calculé sur la base de 1m3/h/kg de poids vif. Chaque échangeur produit l'équivalent de 17 kW (5 000 m3 x l'écart de température intérieur-extérieur (par exemple 10 °C) x 0,34).
"Dès la phase de démarrage, on peut ventiler à minima pour extraire le monoxyde de carbone, tout en utilisant les calories de l'air intérieur", déclare Stéphane. "Globalement, je privilégie les cycles longs jusqu'à 600 secondes, pour que le doseur reste chaud". Le système peut être utilisé sur des lots de poulets, jusqu'à 20-25 jours et en dindes jusqu'à 45 jours. Lors du départ des femelles, les doseurs peuvent même reprendre du service pour maintenir une bonne ambiance, et compenser la diminution de densité.
Une litière plus sèche
Trois lots de poulets ont été élevés, depuis la mise en place des échangeurs. "Sur la période concernée, la consommation de gaz a été de 1,7 t., soit 40 à 50 % de moins qu'avant". Dans cette consommation, 38 % est liée au préchauffage et cette part semble incompressible. La consommation électrique a peu évolué. L'intérêt ne se limite pas à la baisse de la consommation de gaz. Le sol est bétonné. "Auparavant, la partie basse des parois était humide. Ce n'est plus le cas", estime Stéphane. "La litière est plus sèche. On travaille avec 2 degrés de plus qu'avant. Les animaux apprécient, mais il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences sur les performances".
D'abord revoir l'isolation
Les ventilateurs aspirent l'air poussiéreux et les plaques des échangeurs peuvent s'encrasser. Une rampe de brumisation a été installée avant que l'air n'entre sur les plaques et en fin de lot, un produit décapant est utilisé pour ramollir les dépôts avant de laver à grande eau.
Le coût avoisine 6 000 euros par appareil, soit 12 euros/m2. Hors subvention, le retour sur investissement serait de l'ordre de 5 ans. Ces travaux peuvent être subventionnés par le Contrat de Plan Etat-Région (40 % pour des travaux de 15 000 euros maxi, soit 6 000 euros d'aide) ou par le Plan énergie (PPE : 40 % de 40 000 euros de travaux soit 16 000 euros d'aide). Une telle économie de gaz donne-t-elle envie d'équiper les autres bâtiments ? "Dans les autres poulaillers, il faut d'abord revoir l'isolation de la toiture et l'étanchéité des parois. Ce sont les fondamentaux en élevage avicole", répond Stéphane. Dans une majorité d'élevages, ces échangeurs de chaleur, bien maîtrisés, devraient permettre de réduire sensiblement les consommations d'énergie.
Patrick Bégos
Photo : A l'extérieur du bâtiment, 3 échangeurs de 5 000 m3/h ont été installés. Côté intérieur, (notre photo) l'air chaud et humide est aspiré et passe dans les plaques de l'échangeur, réchauffant au passage l'air frais extérieur.
Quatre élevages testés dans l'Ouest
Les échangeurs ont été testés dans 4 élevages de l'Ouest, avec à chaque fois, un bâtiment témoin et un bâtiment test. Leur installation a été réalisée après remise à plat des pratiques de l'éleveur. On observe un assèchement de l'ambiance (gain de 10 points d'hygrométrie), une diminution de la consommation d'énergie à partir du 6ème jour d'âge, avec coupure des radiants 10 jours avant dans le bâtiment test dinde. Globalement, l'économie de gaz varie de 18 à 27 %, soit en moyenne 1 300 e par an pour un bâtiment de 1 200 m2 de type Colorado. La marge poussin-aliment progresse également :
•de 0,76 euro/m2/lot en dindes (Colorado) soit 2 280 e/an.
•de 0,79 euro/m2/lot en poulet (Louisiane), soit 7 205 e/an.
Le temps de retour sur investissement varie entre 4,6 et 5,5 années, avec une subvention PPE de 40 %, (calcul sur les économies de gaz, sans tenir compte de l'augmentation des performances).