
Être agriculteur, est-ce un frein pour rencontrer l'amour ? "Non, je ne le crois pas. Avant de participer à l'émission, oui je le pensais. Mais le fait d'aller à la télé et de vivre cette expérience m'a prouvé le contraire. Quand j'ai vu le nombre de lettres que l'on m'a écrites et que l'on m'écrit encore…" Ce n'est pas spécialement un "M'as-tu-vu" ni un grand parleur, Victor Pinto. Simplement un jeune homme de 30 ans, passionné par son métier d'aviculteur, mais que les longues soirées passées en solitaire ennuyaient un peu.
Alors, il y a 3 ans, quand l'occasion s'est présentée – M6 l'a contacté – de participer à l'émission de télé réalité "L'Amour est dans le pré", celui qui était déjà inscrit sur un site de rencontres s'est tout simplement… lancé. Sans crainte particulière, sans illusion non plus. "Je me suis juste dit que c'était un moyen comme un autre de rencontrer, pas forcément l'amour, mais de nouvelles personnes. L'aspect passage à la télé, c'était un peu secondaire pour moi", raconte-t-il, même si, a posteriori, il avoue qu'une médiatisation aussi soudaine et importante n'a pas toujours été facile à gérer.
Le grand cinéma
Car, mettre le pied dans un tel engrenage, c'est enclencher un sacré pataquès… Après la diffusion de son annonce à la télé, Victor a reçu plus de 1000 lettres de personnes intéressées pour le rencontrer. Parmi elles ont été sélectionnées Aude et Stéphanie, chargées de venir passer, ensemble, une semaine sur son exploitation. Sous le feu des projecteurs bien sûr. "Entre les techniciens et la journaliste, ils ont débarqué à 14 personnes chez moi ! retient, amusé, Victor. Il y avait de quoi être intimidé." Au terme de la semaine, ni Aude ni Stéphanie n'ont été les élues de son cœur. Mais l'expérience s'est bien passée, et l'aviculteur estime que l'image renvoyée de lui par l'émission a été à peu près fidèle. "Cela m'a aussi permis de faire parler de mon métier, pour qu'on parle de l'aviculture autrement que pour des cessations d'activité !, souligne-t-il. C'est important pour moi."
De l'assurance
En outre, l'agriculteur "starisé" estime que l'expérience lui a permis de prendre davantage d'assurance. Il se dirige d'ailleurs vers une diversification en plus de son activité dindes, à savoir la vente de logiciels agricoles comptables. Le tout, avec un enthousiasme inchangé : "Mes affaires de cœur ? On verra bien ce que l'avenir me réserve, sourit-il. Mais quoi qu'il en soit, pour l'heure ça va bien. Je continue de bouger, de voir du monde… Je ne me sens pas du tout désespéré !"
Anne-Laure
Photo : Pour Victor Pinto, son expérience de télé réalité a représenté une façon comme une autre de faire des rencontres.
Près du tiers des agriculteurs de moins de 35 ans célibataires
Selon les travaux de Jacques Abadie et François Purseigle, tous deux maîtres de conférence en sociologie à l'Ecole nationale supérieure d'agronomie de Toulouse (Ensat), près du tiers des jeunes agriculteurs de moins de 35 ans étaient célibataires, en 2004, contre seulement 18 % en 1979. "Le modèle de l'installation en couple fait place progressivement à celui de l'installation individuelle avec toutes les conséquences que cela comporte en terme de dynamique du système exploitation – famille mais aussi d'insertion socio – professionnelle", expliquent-ils. S'il y a toujours eu du célibat en agriculture, celui d'aujourd'hui est plus difficile à vivre, poursuivent-ils. En effet l'époque actuelle se caractérise par un plus grand individualisme, d’où un sentiment d’isolement plus fort pour les célibataires.