
Que recherchent les entreprises confrontées aux pointes de travail saisonnières ? Réponse unanime des employeurs : « Trouver des salariés sur qui on peut compter ».
Composer avec plusieurs entreprises
Pour satisfaire leurs besoins en main-d’œuvre, certains employeurs se tournent vers l’intérim ; avec plus ou moins de succès. D’autres s’appuient sur des groupements d’employeurs. Dont certains proposent des travailleurs handicapés. C’est le cas de Tildé qui vient de fêter son dixième anniversaire.
Installé à Pleyber-Christ, Tildé est un groupement d’employeurs qui rassemble 25 entreprises adhérentes. « 60 % des entreprises sont des pépinières », explique Hélène Descloux, directrice. « Les autres sont des entreprises de maraîchage, des serres de tomates, une ferme cidricole, un producteur de sapins de Noël ». Avec un point commun : elles sont toutes confrontées à des pointes de travail saisonnières. Mais pas aux mêmes périodes. Et c’est là toute la richesse du dispositif.
Ce décalage des pointes de travail entre les entreprises permet aux salariés de Tildé de composer un emploi à temps plein en passant d’une entreprise à l’autre. La complémentarité des entreprises adhérentes au groupement d’employeurs permet aux 30 salariés reconnus handicapés et aux quatre encadrants d’être en CDI.
Des équipes qui connaissent l’entreprise
Dans les faits, les salariés sont attachés à un groupe d’entreprises – 2,3,4 ou plus – qui s’engagent à les employer un certain nombre de semaines par an selon un calendrier pré-établi. Sachant que les adhérents qui établissent le planning peuvent y introduire de la souplesse parfois nécessaire avec des productions végétales soumises aux conditions climatiques.
Pour les adhérents, cette organisation en groupement d’employeurs présente un atout indéniable : d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre, d’une année à l’autre, ils ont toujours affaire aux mêmes salariés. Les entreprises bénéficient donc d’équipes immédiatement opérationnelles. Et même si la productivité de cette main-d’œuvre n’est peut-être pas toujours aussi élevée, le fait de connaître l’entreprise compense souvent le tâtonnement inévitable des intérimaires qui intègrent occasionnellement les entreprises.
À condition toutefois d’adapter la tâche au profil de la main-d’œuvre proposée par Tildé. Mais, dans la plupart des entreprises, il y a des travaux plus répétitifs que d’autres qui demandent moins de technicité. Sachant aussi que selon le handicap, les salariés sont plus ou moins autonomes. « C’est pourquoi nous avons imaginé deux formules : des équipes de 3-4-5 salariés encadrés par un salarié valide et des salariés autonomes qui intègrent directement les entreprises ».
Didier Le Du
Repères
Depuis la loi du 10 juillet 1987, les entreprises de plus de 20 salariés sont tenues à une obligation d’emploi d’au moins 6 % de personnes handicapées dans leur effectif. La loi du 11 février 2005 réaffirme cette obligation et l’étend à de nouvelles catégories de personnes handicapées. Les nouvelles dispositions prises en compte depuis 2006 prendront effet en 2010.
Si, d’ici la fin 2009, les entreprises soumises à l’obligation d’emploi n’ont réalisé aucune action handicap depuis 3 ans, elles verront leur contribution passer à 1 500 fois le Smic horaire (13 000 €) contre 400 à 600 aujourd’hui.
Pépinières Roué, à Plouigneau
"Les entreprises doivent oser"
« Déjà, quand notre père était à la tête de la pépinière, nous recevions des stagiaires de l’IME Ar Brug, de Saint-Martin-des-Champs. Thomas, mon frère, et moi avons continué avec l’IME Trévidy, de Morlaix. Ça nous semblait naturel de recevoir des personnes handicapées. En 1998, l’adhésion de l’entreprise à Tildé s’inscrit aussi dans ce prolongement.
Au-delà de l’aspect social et de l’obligation légale d’employer 6 % de personnel handicapé pour les entreprises de plus de 20 salariés, le groupement d’employeurs nous permet de subvenir au recrutement de saisonniers. Car il est toujours difficile de trouver de la main-d’œuvre saisonnière sur le marché de l’emploi.
Les premières années, nous prenions des équipes encadrées aux périodes de pointe. Aujourd’hui, nous employons deux salariés en autonomie. Ils sont présents 70 % du temps. Nous faisons en sorte de les mettre à des postes qui correspondent le mieux à leur profil. Si bien qu’au fil du temps, nous oublions leur handicap. Je constate également que certains salariés valides qui, au début, étaient réticents à ce type d’embauches, ne le sont plus aujourd’hui.
Le fait que ce sont toujours les mêmes salariés qui viennent dans l’entreprise, ils sont immédiatement opérationnels. Nous gagnons du temps si l’on considère les heures obligatoirement passées à former les intérimaires.
En tout cas, nous sommes satisfaits de la formule. J’invite les entreprises à oser l’emploi de salariés handicapés. Et surtout à ne pas s’arrêter sur un éventuel premier échec… ».