
En 1966, mon père a été le premier éleveur à mettre en place des cages pour les pondeuses (7 000 poules)". Didier Carfantan a aussi suivi la voie de l'innovation, depuis son installation en 1978. "Il a fallu relever les défis de l'environnement, du sanitaire, des conditions de travail, et maintenant du bien-être avec les normes européennes 2012". Avec son épouse Evelyne, il a choisi l'élevage en volière pour 122 000 poules. Une première en France pour un atelier de cette taille.
Diversification
Cage aménagée ou volière ? "J'ai longuement réfléchi. Je suis avant tout producteur d'œufs en cage (2/3 de ma production) et je tiens à le rester", rappelle Didier. Sur ses 2 premiers sites, il a en effet 200 000 poules en cages aménageables, 40 000 en cages aménagées et 48 000 en cages standard. "J'ai eu l'opportunité de reprendre un droit à produire supplémentaire de 104 000 poules, dans le cadre familial (cousin). En rapatriant 18 000 places de cages standard, je pouvais construire un ensemble pour 122 000 poules".
"Dans ce nouveau site, j'ai voulu diversifier le mode d'élevage, après de nombreuses visites en Europe du Nord, où la demande des consommateurs s'oriente vers les œufs coquille "alternatifs". En France, l'œuf alternatif est produit en plein air ou en bio, contrairement au nord de l'Europe, où ils sont produits au sol ou en volière.
Bâtiments clés en main
"J'ai été séduit par ce que j'ai vu aux Pays-Bas, où la technique volière a beaucoup évolué depuis 7 à 8 ans". Dans ce pays, l'œuf produit en volière représente 60 % de la production et près de 100 % des ventes d'œufs coquille en magasins. "La volière est un bon compromis, car en œuf, nous sommes sur un métier de volume. Il faut produire pour payer les investissements et le personnel. C'est aussi une bonne solution, à mi-chemin entre le plein air qui n'était pas réalisable ici et la cage, pour satisfaire la demande des consommateurs".
Le troisième site va comporter deux bâtiments de 61 000 poules. Chacun comporte 2 niveaux avec 5 salles de 6 000 poules par niveau. Ce sont des bâtiments clés en main, réalisés par le groupe Sérupa-Mafrel, avec des pondoirs automatiques Vencomatic. Cette volière intègre les pondoirs, les perchoirs (15 cm/poule) les chaînes plates et les pipettes. "Elle donne la possibilité aux poules de bouger facilement de haut en bas et d'une volière à l'autre. Chaque poule disposera d'une liberté de mouvement sur 360 m2 et 3 m de haut. Tout en facilitant le travail de l'éleveur grâce aux couloirs de 1,90 m", explique André Chanony, de Mafrel.
Bonne accessibilité
La volière permet une densité d'élevage plus élevée que les élevages au sol (18 poules/m2), tout en respectant la densité maximale de 9 poules/m2 utilisable (norme UE). Les poules pondent dans le nid garni d'un tapis, les œufs glissent en douceur sur la bande de convoyage, avec une propreté optimale. Les fientes sont pré-séchées sur les tapis par 2 rangées de gaines et transportées vers le hangar de stockage. Elles seront exportées hors Bretagne, dans des régions où l’on manque de matière organique. "Ce qui m'a séduit dans ce concept, c'est la bonne accessibilité, permettant de bonnes conditions de travail : surveillance journalière, opérations d'entrée et de sortie de poules, désinfection, désinsectisation", déclare Didier.
Pensé autour de la poule
Les œufs partiront vers un gros centre de conditionnement de la région parisienne (CDPO). Ils seront exportés vers l'Allemagne et la Belgique. "Avant de réaliser mon choix, je suis allé aux Pays-Bas, avec mon acheteur", ajoute l'éleveur. "En Europe du Nord, l'œuf au sol est considéré comme intermédiaire entre l'œuf en cage et l'œuf plein air et payé en conséquence". En France, ce marché est balbutiant. Un sondage montre que 25 % des consommateurs sont prêts à payer 10 % de plus pour le bien être animal.
"Dans ce concept de volière, les animaux expriment pleinement leur comportement : voler, sauter, gratter, s'ébrouer…). Le système a été pensé autour de la poule et non l'inverse". Leur emplumement est meilleur et les os sont plus solides. L'éleveur n'a pas été oublié. Dans un bâtiment aux larges couloirs, ses interventions sont facilitées. Il renoue avec les bases de son métier en étant proche de ses poules, tout en conservant un système d'élevage optimisé, au niveau du coût de production. "Pour moi, c'est vraiment un bon compromis entre les attentes des consommateurs et les contraintes de l'éleveur", confie Didier. "Je l'ai vérifié en allant moi-même travailler en Hollande, dans un élevage similaire de 200 000 poules, pendant 4 jours".
Patrick Bégos
Photo : Regroupées en lots de 6 000, les poules ont toute liberté pour se percher, voler, s'alimenter, sur une surface de 360 m2 au sol (720 m2 développés).
Un surcoût de production de 10 à 20 %
C'est un bâtiment plus coûteux (un peu moins de 30 euros par place, avec centre de conditionnement, palettiseur et stockage des fientes, soit 15 à 20 % de plus qu'en cage). Il demandera plus de main-d'œuvre (3 UTH permanents soit 4,5 avec les remplacements). Le coût du renouvellement des poulettes est également plus élevé de 8 %. L'une des conditions de réussite repose sur les poulettes qui sont élevées en volière, elles ont subi "un entraînement intensif". Elles arriveront à 16,5 semaines et seront conservées jusqu'à 75 semaines. Le surcoût de production devrait être de 10 à 20 %, avec un niveau de performances techniques très légèrement inférieur à celui des poules en cage, et un indice un peu plus élevé. "Nous manquons encore de recul sur ces données. L'objectif est que, financièrement, cet atelier se suffise à lui-même, durant la période d'amortissement", estime Didier.