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LAIT / Génomique - Les premières donneuses en station
 

Quelques génisses au début. Trente aujourd’hui et bientôt cent. La station de Plounévézel se met peu à peu à l’heure de la génomique. En partage avec celle  de Génoé, à Blain en Loire-Atlantique, la station de finistérienne de l’Urcéo se destine à accueillir la moitié des 200 donneuses Prim’Holstein sélectionnées pour créer les taureaux de demain pour Créavia (Urcéo, Génoé, Midatest et UALC). Les 150 autres donneuses sélectionnées resteront en ferme où elles subiront le même traitement.


Accélération du progrès génétique


Jusqu’en 2009, les unités de sélection repéraient les meilleures vaches sur les index de l’animal et sur ascendance (on les appelait mères à taureaux). Ces meilleures vaches étaient accouplées par les meilleurs taureaux. Les veaux mâles nés de ces accouplements étaient testés en station et sur descendance (testage) avant d’être éventuellement commercialisés. Une petite dizaine d’années s’écoulait entre le choix des géniteurs et la diffusion du taureau dans les exploitations.
Aujourd’hui, tout s’accélère. La génomique permet de repérer les meilleurs animaux dès la naissance. Une simple prise de sang et une analyse en laboratoire suffisent pour reconstituer, à terme, des index aussi fiables qu’avec le testage. Cette technologie permettant par ailleurs d’élargir la base de sélection au-delà du noyau traditionnel des mères à taureaux classiques.
Demain, il sera sans doute possible de calculer la valeur génétique du veau bien avant sa naissance. Il suffira de prélever quelques cellules de l’embryon pour connaître ses index. Mais, c’est une autre histoire…
Depuis le lancement officiel de la sélection génomique au printemps dernier, les techniciens de Créavia multiplient les prises de sang sur les jeunes femelles repérées comme étant susceptibles d’afficher de très bons index. Plusieurs dizaines ont déjà été retenues chez les adhérents des quatre coopératives faisant partie du programme Créavenir. Ce sont ces animaux qui se retrouvent éventuellement en station de donneuses d’embryons.
L’objectif de Créavia est de rentrer les génisses d’élite en station à l’âge de 4 mois. À partir de la puberté (11-12 mois) et jusqu’à l’âge de 18 mois, elles subiront 3 à 4 traitements de surperovulation suivis d’autant de collectes d’embryons. À partir de 2010, une collecte intensive d’ovocytes (Opu) suivie de fécondation in vitro (Fiv) permettra encore de multiplier les combinaisons génétiques. Créavia prévoit en effet de réaliser 10 Opu sur 5 semaines sur les donneuses en gestation définitive à partir de 18 mois d’âge (opération réalisée entre 50 et 90 jours de gestation).
Toutes ces collectes cumulées permettront de récupérer de 25 à 40 embryons, soit une quinzaine de veaux nés vivants qui seront tous génétiquement différents. Soit 7-8 mâles en moyenne qui seront génotypés à leur tour : seuls les 15 % meilleurs seront conservés par Créavia pour devenir des taureaux d’insémination. Les femelles les mieux indexées pourront devenir à leur tour « génisses à taureaux », c’est-à-dire qu’elles pourront intégrer la station de donneuses ou devenir donneuses à la ferme. Et la boucle est bouclée.

Didier Le Du


 


Photo : Des salariés ont été spécialisés pour conduire l’élevage de donneuses qui à terme comptera 100 génisses à Plounévézel.







Bientôt un programme en couleur

La sélection génomique a d’abord concerné la race la plus importante en effectif. Des donneuses Rouge devraient intégrer les stations de donneuses de Plounévézel et de Blain dans quelques semaines. La Normande embrayera dans la foulée.
À signaler encore que, dans un futur assez proche, la sélection sur les critères traditionnels (mamelle, membres, fonctionnels, etc.) sera étoffée sur d’autres critères encore peu sélectionnés (santé, indice de consommation, animaux sans cornes). Ce qui supposera encore d’élargir la base de sélection à davantage d’animaux.









"Acquérir d’autres lignées
à un prix raisonnable"


En Gaec au Cloître-Pleyben (29) avec son frère, Gilbert, Patrick Le Goff a été le premier éleveur à signer un contrat « Appro élite », proposé par Créavia.  « A ce jour, nous avons sept génisses pleines », dit-il en indiquant que cette voie lui « permettra de monter un cran en génétique et d’acquérir d’autres lignées à un prix raisonnable ». Et d’ajouter : « Notre troupeau tourne à 10 500 kg, mais nous souhaitons encore améliorer certains caractères comme le gabarit ».
Dans cet élevage qui pratique le vêlage à 24 mois, les éleveurs se montrent très rigoureux sur l’alimentation au moment de l’insémination. « Il faut mettre toutes les chances de son côté pour que les embryons accrochent. L’alimentation est le facteur essentiel », estime Patrick Le Goff qui cite le taux de 80 % de réussite en 1ère IA.
En pratique, pour une IA ou une transplantation embryonnaire, les génisses sont rentrées deux mois avant et gardées en stabulation les deux mois suivants (jusqu’à l’échographie). « Elles reçoivent une alimentation sèche et stable ».
Ration type croissance pour génisses (MS) :
- Enrubanné : 2 kg
- Paille : 3 kg
- Maïs : 1-2 kg
- Concentré (soja + blé + colza + minéral + mélasse) : 1,5 kg.









Donneuses et receveuses :
« Un besoin de 10 000 génisses »


“En lignée femelle, la base de sélection représente quelque 950 000 IAP entre les quatre coopératives qui ont mis en place le programme Créavenir” explique André Rohou, Responsable service transfert d’embryons à l’Urcéo. “Sur cet effectif, nous retenons 375 femelles par an, dont 280 issues de la zone Créavia (Urcéo+Génoé). Sur cet effectif, 200-220 seront collectées en station, les 150-160 restantes seront prélevées en élevage.
Pour conduire ce programme, nous avons élaboré des contrats qui s’adressent aux propriétaires de donneuses et aux propriétaires de receveuses. Pour mener notre programme, nous devons trouver 10 000 receveuses susceptibles de porter les embryons d’élite produits par les donneuses.
L’éleveur de donneuses perçoit 1 500 € (1 250 € par animal sélectionné + 250 € au génotypage) par animal sélectionné. À la naissance des veaux nés de transplantation, il reçoit en retour 15 % des effectifs femelle nés vivants. Soit potentiellement 1 génisse, voire plus, par femelle.
L’éleveur de receveuses paye la pose des embryons : 100 € par unité. En contrepartie, il récupère 85 % des génisses nées de la transplantation, dont les 50 % moins bien indexées pour 0 € et les 35 % « intermédiaires » au prix de 300 €. Ce qui est un moyen intéressant pour lui de progresser génétiquement puisqu’il s’agit de veaux nés des meilleurs vaches de la zone et des meilleurs taureaux du monde. Quant aux mâles, ils sont tous repris au prix forfaitaire de 300 euros pièce”.




 



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Date de l'article : semaine du N° du 23 au 29 Octobre 2009
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