
Avant notre mobilisation pour la grève du lait, l'Union européenne n'avait qu'une idée en tête : déréguler. Tout le monde semblait résigné. Aujourd'hui, Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, défend les mécanismes de régulation du marché du lait et a réussi à convaincre d'autres pays de l'Union". Si le leader de l'Apli Pascal Massol, de passage vendredi dernier à Grand Champ (56) devant 500 éleveurs, se garde de donner un chèque en blanc au ministre français, il lui apporte néanmoins un soutien appuyé. "Nous soutiendrons toutes les bonnes idées, d'où qu'elles viennent", insiste-t-il. Dans l'immédiat, les 280 millions d'euros d'aide accordés aux producteurs sont bien accueillis. L'association se targue d'être à l'origine des avancées sur le dossier laitier. "D'autres mesures doivent être prises rapidement. Appliquer une pénalité dès le premier litre en dépassement du quota, partout dans les pays membres, ne coûterait pas un euro à la communauté. Pas plus que de geler les rachats de quota dans le cas des cessations d'activité". L'Apli demande à l'État de prêter de l'argent aux producteurs (15 000 euros par tranche de 200 000 litres de lait), avec une prise en charge des intérêts. "Ce, tant que la crise durera, comme pour le secteur bancaire ou l'automobile". Sur le terrain, l'association veut contrôler les laiteries, en filtrant les mouvements de camions. "Nous devons savoir exactement ce qui entre; nous saurons ainsi ce qui y est produit". En ligne de mire : les produits de substitution importés, comme les huiles de palme.
Intégrer l'interprofession
Autre revendication : l'association veut intégrer l'interprofession laitière. "Même en tant qu'association, nous y rentrerons. Un précédent existe dans le domaine horticole", affirme Pascal Massol, qui pourrait, au besoin, défendre le dossier au Conseil d'État. Les actions de lobbying se poursuivront. "L'EMB doit être présente à Bruxelles pour peser sur les dossiers". À plus long terme, les responsables de l'association imaginent la création d'un GIE à l'échelle européenne qui regrouperait 20 à 30% du lait de l'Union. Les travaux d'approche sont en cours. L'Apli doit d'abord se structurer au niveau national. "Nous avons fait la guerre avant de consolider nos bases. Nous nous attacherons désormais à consolider nos antennes dans chaque département".
Bernard Laurent
et Anne-Laure Lussou
Photo : L'Apli poursuit la mobilisation, de son côté ou en commun avec d'autres structures, comme le 19 à Rennes, lors d'une manifestation commune avec la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale. Sur la photo Yannick Brégère, de l'Apli 35.
Apli, Confédération et Coordination, réunis pour une action commune
Le 19 octobre, lors du Conseil européen de Luxembourg, c'est en commun avec la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale que l'Apli a réagi, avec un rassemblement d'une centaine de producteurs devant le Parlement de Bretagne à Rennes. "Nous sommes très satisfaits car la Cour européenne des comptes vient de confirmer, dans un rapport, notre position, qui doit maintenant être appliquée", s'y exprimait Patrick Bernard, de la Confédération Paysanne. Ce rapport indique notamment que "les quotas ont encadré strictement la production mais que leur niveau s’est avéré longtemps trop élevé par rapport aux capacités d’absorption du marché". Il préconise une "nécessaire supervision par la Commission de l’évolution du marché".