
Il y a longtemps que le syndicat majoritaire n’avait pas réussi une telle mobilisation. Sans doute à la hauteur des crises qui remuent tous les secteurs : lait, porc, céréales, légumes … La mobilisation bretonne aurait pu être un peu supérieure, mais il fallait compter avec la période d’ensilage qui a retenu les éleveurs de l’Ouest des Côtes d’Armor et du Finistère. Et probablement sur les conséquences de quelques divisions nées de la grève du lait dans certains secteurs.
La cible Sarkozy
À Rennes, le cortège des 2500 paysans avec une centaine de tracteurs a conduit dans le calme la manifestation de la gare à la place de la République. Tout un symbole car c’est au président de la République que les syndicats avaient décidé de s’adresser directement.Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer l’a interpellé à plusieurs reprises. De toute évidence les déclarations de Nicolas Sarkozy le 16 septembre n’ont pas encore été digérées. Il avait déclaré alors que Jean-Michel Lemétayer était en délicatesse avec une partie de ses troupes sur la grève du lait : "Avant on faisait un chèque à la FNSEA quand il y avait un problème et elle distribuait ce chèque (aux agriculteurs) et au final, on se faisait « retoquer » par l'Europe. Maintenant, c'est fini, il n'y aura plus de chèque à la FNSEA ».
C’est donc sur un ton incisif que le président de la FNSEA s’est adressé aux Pouvoirs publics devant les manifestants. « Pas de politique agricole, sans politique alimentaire, et pas de véritable politique alimentaire sans une véritable politique agricole » a martelé le président qui considère que les belles paroles ne suffisent plus. Il faisait référence aux déclarations du président de la République qui plaide pour une "nouvelle régulation agricole" et « pour davantage de préférence communautaire». Il ajoutait « Avant la fin du mois, je prendrai des initiatives fortes ».
« Les agriculteurs attendent désormais des actes de celui qui dans notre pays décide de tout » a ironisé Jean-Michel Lemétayer. Le syndicalisme qui articule son plan de revendications autour de 3 axes : l’aide d’urgence, l’allègement des charges, des décisions européennes fortes (voir ci-contre).
Jouer collectif
Des revendications qui ont aussi été reprises par les deux président régionaux, Jean Marie Mingam, co-président des Jeunes Agriculteurs et Laurent Kerlir, président de la FRSEA. “Je ne peux me résoudre au désespoir” a notamment déclaré le représentant des jeunes. Il a mis en évidence le poids de l’agriculture bretonne pour l’économie et l’emploi. Inquiet du manque de mobilisation des élus.
« Pas de paysans sans revenu » a souligné de son côté Laurent Kerlir, pour qui cette action est d’abord « la défense des territoires ruraux occupés par des hommes et valorisés par des activités ». Le malaise agricole est selon lui d’autant plus grand que « les agriculteurs ont le sentiment d’être les laissés pour compte de l’économie, abandonnés par l’Europe, sans perspectives d’avenir ». Il appelle tous les paysans à s’unir et à décider. « Collectivement, mobilisons nous pour obtenir des prix rémunérateurs grâce à une nouvelle organisation de marché ».
Pierre Dénès
Photo : 2500 agriculteurs bretons dans les rues de Rennes ont suivi les couronnes de fleurs mortuaires
Trois axes de revendications
1 - L’aide d’urgence qualifiée d’année blanche qui permettrait aux banques d’apporter de la trésorerie aux agriculteurs avec une prise en charges des intérêts par l’Etat.
2 - La baisse des charges au travers notamment de l’exonération de la taxe sur le foncier non bâti, du remboursement de la taxe intérieure sur les produits pétroliers, des dérogations pour la taxe carbone et la taxe Borloo. Et des mesures visant à compenser le différentiel de coût de main-d’œuvre avec les autres pays, ceci pour l’agriculture, mais aussi l’agro-alimentaire.
3 - Pour le moyen terme des décisions européennes autour de la régulation des marchés, de mécanismes de soutiens, de la préférence communautaire, des distorsions de concurrence.