Dans un entretien accordé au quotidien les Échos, à la veille du conseil agricole européen de Luxembourg sur la politique laitière, Bruno Le Maire déclarait à propos de la dérégulation : « il faut que la Commission européenne nous entende. Si ce n’est le cas, j’en tirerai toutes les conséquences ». Affirmant, en langage diplomatique, qu’il était prêt à assumer « une divergence ouverte avec la présidence suédoise ». A-t-il été entendu avec les 20 autres pays « pro-régulation » ? En tout cas, Mariann Fischer Boel a précisé qu'elle était d'accord avec la plupart des propositions du groupe des 21. Le moment est en effet propice pour tenter d’infléchir la volonté de dérégulation du marché laitier après 2013. Tout d’abord parce que Bruno Le Maire avait préalablement réuni 21 des 27 pays européens autour d’une proposition franco-allemande, de renoncement à cette dérégulation. La Commission ne peut ignorer totalement ce bloc de pays. Un deuxième argument réside dans le fait que Mariann Fischer Boel, important obstacle au retour à une régulation du marché, à l’image de son pays, le Danemark, est en fin de mandat et sera donc remplacée le mois prochain. Une troisième raison est qu’après la crise des subprimes et la faillite des banques américaines, le G20 a donné « un carton jaune » aux marchés financiers qui pêchent par trop de dérégulation, sans contrôle. Ce qui est vrai pour l’économie financière doit être encore « plus vrai » pour la matière première agricole qui n’est pas une « marchandise » comme une autre. Il aurait pu y avoir un autre argument en faveur des producteurs, celui de montrer un intérêt dépassant les différences syndicales par des manifestations unitaires puisque tous s’opposent à la dérégulation. Mais là, c’est une occasion manquée.