
Dans un précédent numéro du Paysan Breton, daté de Janvier 2007, nous vous faisions part d'une nouvelle pratique chez Bertrand Le Labourier et Jean Michel Nizan, associés de la SCEA du Lait : l'ensilage des épis de maïs. Objectif initial: enrichir la ration de base hivernale, baisser le coût de concentrés, améliorer la santé des vaches grâce à une ration moins acidogène, et enfin, mieux répartir la charge de travail sur l'année. Qu'en est-il après trois années de pratique? "Nous persévérons dans notre démarche. Elle nous donne satisfaction", affirme Bertrand Le Labourier.
Suppression du soja
Huit hectares d'épis de maïs sont ensilés. "Auparavant, pour la soixantaine de laitières du troupeau, nous implantions plus d'une vingtaine d'hectares. La charge de travail au printemps n'est pas comparable". La fibre du maïs reste sur le champ. "Seule la partie noble de la plante est transportée". Un avantage non négligeable : certaines parcelles sont éloignées, d'une dizaine de kilomètres, du siège de l'exploitation. La fibre de maïs est remplacée, dans la ration hivernale, par des fibres riches en protéines, issues des cultures de pois protéagineux, de trèfle violet, de luzerne et de RGI. Le maïs épi équilibre la ration en apportant de l'énergie, à digestion lente. L'ensemble, distribué à la mélangeuse, est complété par du triticale, produit sur l'exploitation, et du tourteau de colza acheté, distribués au DAC. 600 grammes de concentrés, par vache, dans l'année (hors maïs épi). "La démarche vise à assurer une plus grande autonomie et à se défaire de la dépendance au soja importé, onéreux et souvent génétiquement modifié". Le RGI est ensilé en avril-mai. En juin, les pois ensilés sont stockés sur le même tas, pour éviter d'ouvrir plusieurs silos. "Les stocks d'hiver sont réalisés dès le mois de juin. Il ne reste plus, à cette date, que les épis de maïs à récolter".
Autre point positif : la santé des laitières. "La différence avec le régime précédent (maïs fourrage-soja) est perceptible. Les animaux ruminent mieux. Il n'y a plus de problèmes d'acidoses. Les chaleurs sont plus visibles, grâce au tourteau de colza". 60% de réussite en première insémination. Les vêlages sont groupés sur quatre mois, de septembre à décembre. La mise à l'herbe, au printemps, permet de maintenir les performances. Les vaches effectuent 3,5 lactations en moyenne (27% de renouvellement). La production atteint 8 000 litres à 7% de matière utile.
Mélangeuse indispensable
Au rayon des inconvénients, les associés évoquent l'état de la litière qui nécessite un bon paillage et une surface suffisante par vache en stabulation. "Nous ajoutons un peu de paille dans la ration pour éviter les bouses trop liquides". Ils insistent également sur la nécessité de récolter les différents fourrages au bon moment, ni trop tôt ni trop tard, pour ne pas perdre de valeur alimentaire et dans de bonnes conditions pour ne pas mélanger de terre au fourrage, notamment pour les pois. La rotation des cultures pourrait s'avérer problématique en raison de la sole de pois. Autre contrainte soulevée par les éleveurs : la mélangeuse est indispensable pour homogénéiser une telle ration. Malgré cela, le bilan est positif. "En plus du coup alimentaire et de l'écrêtage des pointes de travail, nous avons la satisfaction de produire l'essentiel de la protéine sur place. Elle ne vient pas du Brésil".
Bernard Laurent
Photo : Le chantier d'ensilage d'épis de maïs sera ouvert au public samedi 17 octobre, dans l'après-midi, au lieu dit Kermapily, sur la route Saint Jean Brévelay-Vannes. Le chantier est assuré par Noël Laudrin, entrepreneur de travaux agricoles à Moréac.