
Le pâturage dans les périodes de transition alimentaire (automne-hiver et hiver-printemps) est parfois difficile. En raison de la faible disponibilité en herbe, des conditions climatiques ou de travail, les vaches ne sortent souvent en pâture que la journée, voire seulement quelques heures.
Baisse de la production
En 2008, l’Inra de Rennes a évalué les capacités d’adaptation des vaches laitières à une restriction du temps d’accès journalier au pâturage. Six traitements ont été étudiés dans un premier essai, soit trois temps d’accès (5 h1/2, 9 h et 21 h par jour) croisés avec deux quantités d’herbe offertes, l’une limitante et l’autre non (respectivement 13 et 24 kg MS/VL/jour > 5 cm). Quatre traitements ont été étudiés dans un second essai : deux temps d’accès (4 h et 8 h/j) combinés à deux quantités fixes de complément ingéré (5 et 10 kg).
Ces essais ont montré que la quantité d’herbe ingérée diminue fortement lorsque le temps d’accès est réduit, en moyenne de 2,9 kg dans l’essai 1 et 1,8 kg dans l’essai 2. La production laitière a suivi les mêmes variations : -1,4 kg (essai 1) et -1,1 kg (essai 2).
Les vaches compensent
Le comportement alimentaire des vaches a été profondément modifié par la restriction du temps d’accès. Autrement dit, les vaches ont fortement concentré leur activité de pâturage. Ainsi, le pourcentage de temps passé à pâturer a augmenté linéairement de 40 % à plus de 90 % lorsque le temps d’accès a été réduit de 21 heures à 4-6 heures. Pour un temps d’accès donné, la proportion de temps passé à pâturer est d’autant plus élevée que les vaches sont moins complémentées. Pour les vaches faiblement complémentées, près de 100 % du temps disponible est passé à pâturer lorsque le temps d’accès est de 4-6 heures.
Les vaches ont aussi montré une forte capacité à augmenter leur vitesse d’ingestion de l’herbe lorsque le temps d’accès est limité. L’ingestion de 0,7 kg MS/heure sans limitation de temps passe à 2,4 kg MS/heure pour 4-6 heures d’accès. Toutefois on est loin des 10 kg de MS/h ingérés avec du maïs ensilage. Ce qui signifie que pour valoriser l’herbe, il faut toujours laisser un temps minimum pour que les vaches aient le temps de consommer.
D. Le Du
Photo : Réduire le temps d’accès permet de doubler voire de tripler la quantité d’herbe ingérée par heure, mais un temps minimum de pâturage est nécessaire pour que l’ingestion soit significative.
En pratique
En période difficile, la réduction du temps d’accès permet de réduire le piétinement et de préserver les prairies.
Pour ne pas pénaliser les performances des vaches, quelques précautions s’imposent :
- Réduire progressivement, sur plusieurs jours, le temps d’accès pour que la vache ait le temps d’apprendre que le temps est contraint.
- Ne pas modifier quotidiennement le temps d’accès si la complémentation reste fixe. Adapter fréquemment les apports de fourrage complémentaire au temps d’accès permet certes de stabiliser les performances, mais le risque est de sous-valoriser le pâturage.
- Mettre en adéquation le temps d’accès et la complémentation distribuée. Le temps d’accès au pâturage doit être au minimum de 8-9h, 5-6 h, 3-4 h et 2 heures pour des complémentations (fourrages + concentrés) à l’auge de 0,5, 10 et 15 kg respectivement. Il faut ajouter 1 à 2 heures d’accès à ces chiffres pour des hauteurs d’herbe très faibles (6-8 cm) qui limitent fortement la vitesse d’ingestion d’herbe.
- Distribuer les compléments après les accès au pâturage plutôt qu’avant afin de ne pas réduire la motivation des vaches à pâturer.