
Quand elle parle de concurrence, la zone légumière tourne souvent les yeux vers l’Italie et l’Espagne. Plus près du Nord-Finistère, les Belges sont aussi des concurrents sur les marchés allemands et français. Au retour de leur voyage, deux légumiers livrent leurs impressions.
« L’Europe, il faut la faire vers le haut »
“Les exploitations ressemblent beaucoup aux nôtres. Ce sont des structures familiales de taille comparable, avec des produits dans la même gamme : chou, courgette, salade, etc. ; comme chez nous, la tomate représente aussi 50 % du chiffre.
Comme chez nous, les exploitations font appel à de la main-d’œuvre familiale. La vente des légumes se fait aussi au cadran. À noter que les producteurs ont vécu et vivent les mêmes crises et appliquent les mêmes remèdes… Philosophiquement, nous sommes très proches d’eux.
La différence se situe au niveau de la qualité. Non pas que la qualité de leurs légumes soit meilleure. Mais ils sont très forts sur l’image de leurs produits et surtout, ils mettent les moyens pour accompagner cette qualité.
Toutes les exploitations sont certifiées selon les normes Globalgap. Ici, nous en sommes à 30 %. Ce ne serait pas difficile de passer au braquet supérieur, mais trop souvent nous préférons
« pas de contraintes aux contraintes ». À titre personnel, mon exploitation n’est pas certifiée. Mais je pense qu’il est plus que temps que les légumiers soient mis face à leurs responsabilités. Nous devons tendre vers la certification de toutes les exploitations. Un accompagnement est nécessaire, mais nous ne devons plus attendre indéfiniment ceux qui ne veulent pas s’engager. Nous avons trop traîné à mettre la certification en musique. Car nous ne devons jamais oublier que nous produisons pour un marché.
En lien direct avec la certification, j’ai été également interpellé par la propreté des exploitations et du marché au cadran”.
« Ils ont commencé 10 ans avant nous »
“Ça ressemble beaucoup à ce que nous connaissons chez nous. En qualité, nous sommes aussi bons qu’eux. C’est, arrivés au consommateur, que nos produits pèchent. Nos emballages sont trop souvent inadaptés au calibre des légumes qui se trouvent râpés sur le dessus. Bien que la taille des emballages est réduite pour limiter les frais de transport, nous nous retrouvons parfois avec un prix d’emballage plus élevé que la marchandise qu’il contient.
Il y a 15 ans, les producteurs belges ont investi dans l’emballage EPS (caisses plastique pliables réutilisables). La 14e année, ils ont commencé à gagner de l’argent car, aujourd’hui, ils réinvestissent dans l’emballage. Mais surtout, ces EPS dont les bords sont plus hauts permettent de préserver la qualité initiale des légumes. Sans compter que les légumes ne subissent pas de multiples manipulations : les camions partent directement du marché vers les lieux de vente (grandes surfaces).
Ce qui me séduit, c’est également l’aspect cadré des choses. Les producteurs sont tous certifiés Globalgap. Ici, on n’aurait plus dû être au stade de se poser la question de l’obligation ou pas de certification. Ils ont commencé 10 ans avant nous et nous avons toujours 10 ans de retard. À titre personnel, je suis producteur de salade « 4e gamme ». La certification est obligatoire. Sinon, on ne vend pas.
Reste que si en 4e gamme, les producteurs belges travaillent sur les mêmes marchés, ils n’ont pas les mêmes critères au niveau des cahiers des charges. Par exemple, ils utilisent encore du Gaucho ; la fertilisation azotée est de 375 unités pour 2 cultures, etc. Grâce à ces techniques, ils peuvent augmenter la densité à 85 000 plants de salade alors que nous on est à 45 000”.
Recueilli par D. Le Du
Photo : Les légumiers du Nord-Finistère ont visité 5 exploitations belges.
En résumé
- Des exploitations familiales de petite dimension (généralement moins de 10 ha) avec un panier de légumes comparable au Nord-Finistère.
- Main-d’œuvre familiale ; pas ou peu de recours à des salariés à bas prix.
- Une certification Globalgap obligatoire.
- Un marché au cadran approvisionné par 900 producteurs dans un rayon de 150 km. Tous les producteurs sont équipés d’un camion pour livrer le marché ou d’un 4 X 4 attelé à une remorque.
- Des exploitations très bien équipées en matériel (signe d’une meilleure rentabilité ?).
- Très peu de renouvellement (peu de jeunes à s’installer) : prix du foncier exorbitant.
L'avis de Jean-Paul Jacq, président du GDA de l'Arvor et représentant du comité
"Des prix de vente qui laisseraient rêveur plus d'un Léonard"
Ce voyage en Belgique a permis aux légumiers de rencontrer des producteurs de légumes de plein champ. Nous avons découvert de petites exploitations (5 à 20 ha) cultivant chou-fleur, chou pomme, salade, poireau, chou de Bruxelles...
Elles nous ont surpris par leur propreté et leur niveau d'équipement en matériels (certification Globalgap obligatoire)
Ces producteurs nous ont fait part de prix de vente qui laisseraient rêveur plus d'un Léonard (0,90 € le chou-fleur en 2008). Ils dégagent de bons revenus et sont épanouis dans leur métier
Pourquoi tant de différence avec nous ? En premier lieu, cela tient à la géographique. Ils sont proches des grands centres de consommation, avec de nombreuses villes à moins de 500 km
(Londres, Paris, Allemagne...). Deuxièmement, ils supportent des charges bien inférieures aux nôtres : charges salariales et surtout moins de prélèvements (charges sociales, impôt) sur leur revenu.
Ils ont su mettre en place une organisation économique forte autour d'une marque "Flandria", synonyme de qualité et sont restés fidèles au marché au cadran.
Malgré tout, un bémol : la pression foncière. Nous avons constaté une emprise importante de l'urbanisation sur les espaces agricoles qui provoque un coût élevé du foncier (30 000 à 45 000 euros/ha) et rend difficile la transmission et l’installation des jeunes.
En France, d'ici à la fin de l'année, doit se définir la nouvelle loi d'orientation agricole. Nous devons plus que jamais être solidaires de nos responsables (élus chambres, syndicats, organisations professionnelles) pour qu'ils défendent les quatre thématiques qui préoccupent les agriculteurs :
- La compétitivité et le revenu des exploitations.
- L'organisation économique des filières.
- L'installation et la transmission des exploitations.
- La protection du foncier
Nos différents témoignages pourront leur servir d'argumentation.