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Finistère (29)
(29) Chambre d'agriculture - Contentieux bassins versants : Front uni derrière Jacques Jaouen
 
Le sursis accordé par Bruxelles sur le contentieux bassins versants s'égraine inexorablement comme le sable dans le sablier. Théoriquement, la date butoir est fixée au 15 mai prochain. Et l'on sent que les événements s'accélèrent.
Le 26 avril, les agriculteurs exploitant un minimum de 3 ha sur les bassins de l'Horn ou de l'Aber Wrac'h ont reçu un courrier de l'administration pour les informer des possibilités d'engager, de façon volontaire, les réductions d'azote à l'échelle de leur exploitation (lire aussi page 2). "Cette méthode consistant à prendre chaque agriculteur à part" irrite profondément Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture. "Où est la concertation avec l'administration", s'élève-t-il, craignant que les mesures qui sont annoncées "sur la base du volontariat pour 2007 puissent devenir obligatoires en 2008".

"Ne pas jouer avec les gens"

"Je ne peux pas accepter que l'on joue ainsi avec la dignité des hommes et les femmes. Comme je ne peux pas accepter que les dossiers des agriculteurs des deux bassins versants soient bloqués dans les différentes commissions", a-t-il martelé, en déclarant que la capacité de dialogue de la profession avec l'administration est "au taquet". D'où aussi cette décision du président de rencontrer les agriculteurs des bassins versants, hier 3 mai, "pour leur expliquer clairement les choses".
Dans ses propos, le président de la Chambre est soutenu tour à tour par les différents élus. André Sergent s'interroge sur la finalité des mesures : "Quand on voit leur attitude, on peut se demander ce qu'en veulent l'État et l'administration à ces exploitations agricoles qui sont dans l'excellence environnementale". André Paul fait part de ses états d'âme en parlant de "rouleau compresseur qui ne cherche qu'à casser l'agriculture pendant que d'autres pays européens bénéficient de dérogations à la directive nitrates et que d'autres encore ont des délais de 30 à 50 ans pour se mettre aux normes".
Michel Adam s'en prend fermement à "la pression et à "l'égo" de certains intégristes présents dans les instances régionales". Dans la foulée, Jean-Pierre Abhervé-Guéguen fait part de son exaspération en observant que "les mesures annoncées n'ont rien d'agronomique". Quant à Bernard Corre (représentant des propriétaires), il en appelle quasiment à de mesures de rétorsion : "N'acceptons plus de boues de stations sur les terres des bassins versants !". Même réprobation, avec plus de nuance, d'Yvon Pouliquen (UDSEA) qui constate que "le sursis profite d'abord à l'État".
Il est peut-être d'ailleurs là le plus grand enjeu. Car s'il y a tant de détermination de la part de l'administration, c'est qu'à la clé, il y a "la condamnation financière lourde et durable" – pour reprendre les termes de la préfecture – infligée par Bruxelles à l'État français.

"Inacceptable, provocatrice et indécente"

"Le véritable risque est la surenchère pour favoriser la cessation d'activité", ne cache pas Thierry Merret, secrétaire général. Autrement dit, il en coûterait moins à la France de verser des sommes significativement attrayantes aux agriculteurs pour qu'ils arrêtent de produire, qu'ils se reconvertissent, voire pour qu'ils optent pour une préretraite environnementale.
De ce scénario, la profession n'en veut pas. Si individuellement, "pour une raison ou pour une autre", les propositions de l'État peuvent séduire des agriculteurs, ce "mauvais film" constituerait une "brèche pernicieuse" redoutée par les responsables agricoles. Ces derniers estiment, en effet, qu'acheter les agriculteurs des bassins versants pour imposer la norme à 140 unités d'azote par hectare est une tactique trop habile pour préparer la généralisation de nouvelles normes environnementales à l'échelle de la Bretagne.
Devant cette perspective, tous les membres élus de la Chambre d'agriculture ont voté la délibération proposée par le président. Une délibération qui, entre autres, "juge cette situation inacceptable, provocatrice et indécente vis-à-vis des agriculteurs et de l'activité économique et sociale des territoires qui pourraient en être victimes".

Didier Le Du

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Date de l'article : semaine du N° du 5 au 11 Mai 2007
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