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Prévu depuis 6 mois, cet exercice de 2 jours a eu lieu au plus mauvais moment, dans une période où le virus est présent dans des élevages situés aux portes de l'Europe et occasionne de lourdes pertes dans les pays d'Asie. Cette concomitance explique en grande partie la forte médiatisation de l'événement (plus d'une centaine de journalistes).
Jour 1 : Sous surveillance
Prévu depuis 6 mois, cet exercice de 2 jours a eu lieu au plus mauvais moment, dans une période où le virus est présent dans des élevages situés aux portes de l'Europe et occasionne de lourdes pertes dans les pays d'Asie. Cette concomitance explique en grande partie la forte médiatisation de l'événement (plus d'une centaine de journalistes).
L'exercice a été déclenché jeudi matin dans l'élevage Bernard. L'éleveur constate une forte mortalité dans ses poulaillers. Il contacte son vétérinaire sanitaire, Jean-Claude Hamon. Après visite des poulaillers, le vétérinaire suspecte l'influenza aviaire et alerte la DSV qui met en route, dans les minutes qui suivent, le plan d'intervention. "Dès que l'on suspecte un cas d'influenza, on s'engage dans une course contre la montre, il faut agir vite et dans la discrétion, avec un minimum de personnes sur le site", explique Laurence Defleselle, directrice adjointe de la DSV 29. "En fin de matinée, tous les prélèvements doivent être réalisés et acheminés vers les laboratoires".
Mise sous surveillance
En cas de suspiscion de présence du virus, le préfet prend immédiatement des mesures de prévention. Avant même que les résultats d'analyses ne soient connus, il signe un arrêté préfectoral sur la mise sous surveillance des volailles suspectes. Cet arrêté entraîne un recensement des animaux de l'élevage. Au niveau de l'exploitation concernée, la sortie d'œufs, de volailles de chair, de cadavres, de produits ou déjections d'animaux, d'aliments du bétail est subordonnée à l'autorisation du directeur de la DSV ainsi que tout objet ou matière susceptible de transmettre le virus. Toute apparition de symptômes sur un lot de volailles devra être déclaré sans délai au vétérinaire sanitaire.
Dès 10 h, une équipe de la DSV, habillée de doubles combinaisons étanches et de doubles sur bottes, a effectué des prélèvements de sang sur 25 volailles et d'organes sur 5 volailles. L'objectif est de rechercher l'éventuelle présence du virus. Les prélèvements ont rapidement pris la route vers 2 laboratoires : le LDA 22 et celui de l'AFSSA Ploufragan, référence nationale pour l'influenza aviaire.
Circulation des personnes et véhicules
"La mise sous surveillance entraîne aussi l'application de mesures sur la circulation des personnes et des véhicules dès le premier jour", précise Yvan Lobjoit, directeur de la DSV 29. "Des panneaux sont placés aux entrées de l'exploitation interdisant l'accès à toute personne et véhicule sauf autorisation du DSV. Des pédiluves sont installés aux entrées avec une solution désinfectante. Toute personne autorisée à pénétrer doit porter des bottes et une combinaison de protection totale. Tout véhicule qui quitte l'exploitation doit être lavé avec un produit détergent et ses roues désinfectées avec un produit actif contre le virus de l'influenza."
Dans l'après-midi du premier jour, la DSV a effectué une enquête épidémiologique, à partir du registre d'élevage et des données du groupement, pour identifier les élevages qui ont eu des relations avec celui de Kergloff. L'objectif du premier jour est donc double : effectuer au plus vite les prélèvements de sang et d'organes sur les volailles et mettre en place un cordon sanitaire autour de l'élevage où le virus est suspecté.
Patrick Bégos
Jour 2 : le cas est confirmé
La seconde journée de l'exercice était celle de la confirmation de la présence du virus dans l'élevage, entraînant toute une série de procédures. "Dès 6h30, un poste de commandement opérationnel a été constitué", indiquait François Lucas, préfet chargé de la sécurité en Bretagne, au matin de la seconde journée. Mises en place également, les zones de protection (3 km de rayon) et de surveillance (10 km de rayon) autour de l'élevage se prêtant à l'exercice. Aux frontières du périmètre de protection étaient installés 4 points de filtrage, dont l'un était muni d'un rotoluve, avec obligation pour tous les véhicules de le traverser.
Quid des volailles ? En cas de présence réelle du virus, elles doivent être mises à mort sur place, ce qui n'a bien évidemment pas été le cas vendredi. L'exploitation s'est tout de même dotée de tout l'attirail obligatoire en cas de présence confirmée du virus : pédiluve à la sortie de l'exploitation, où doit se dérouler la première phase de déshabillage, et "sas de décontamination", une tente spécialement installée pour la deuxième phase du déshabillage. La procédure prévoit que l'ensemble du dispositif de lutte doit être conservé au minimum 21 jours. On imagine l'effectif nécessaire, puisque déjà pour cette simulation, environ 60 gendarmes ont été mobilisés ainsi qu'une dizaine de personnes par point de filtrage.
Anne-Laure Lussou
L'inquiétude des éleveurs
La simulation du foyer d'influenza aviaire a été mise en place avec l'accord de la profession agricole. Plusieurs professionnels, présents à Kergloff, se sont montrés inquiets des conséquences sur la consommation, liées notamment à une sur-médiatisation de l'événement. La consommation aurait chuté de 25 à 30 %, les vides sanitaires s'allongent, le marché s'engorge. Le premier objectif est bien-entendu la reconquête de la confiance des consommateurs.
Trois mesures sont demandées par les responsables professionnels. Le stockage de viande permettrait de ne pas retarder les abattages et de prévenir un allongement des durées d'élevage. Une baisse de la demande de 20 % pendant 3 mois équivaut à un quasi doublement du vide sanitaire. La destruction d'œufs à couver faciliterait l'adaptation des mises en place à la demande du marché. Enfin, les professionnels insistent sur la nécessité d'accompagner financièrement les éleveurs car la filière a déjà beaucoup souffert, les trésoreries sont à plat et le manque à gagner est important.
Pour aider la filière à faire face à une situation de crise, le ministre de l'Agriculture a demandé qu'une dérogation sur les conditions d'utilisation des mentions valorisantes (labels et certifications) puisse être accordée. Les volailles sous label, même confinées, pourraient ainsi continuer à bénéficier des signes de qualité.
Des financements publics ont été mis à disposition du CIV (Centre d'information des viandes) pour mettre en œuvre une campagne d'information à destination des consommateurs. Enfin, le ministre a souhaité la création d'un observatoire des prix et de la consommation auquel participent les représentants de la filière avicole, afin de suivre de près l'évolution de la situation économique.
Patrick Bégos
OPINION
François Lucas,
préfet
délégué à la sécurité
« Tester la réactivité des services sanitaires »
Le plan national de lutte existe depuis un an. L'objectif de cet exercice était de tester la réactivité des services sanitaires, la capacité des laboratoires à recevoir des prélèvements, la coordination inter-services et inter-départementale. Nous avons mesuré le temps de réaction des agents sanitaires en présence de plusieurs foyers ainsi que la chaîne de communication.
Monique Eloit,
directrice adjointe
de la DGAL
« Surveiller les élevages plutôt que vacciner »
Au sein de l'Union européenne, la lutte contre l'influenza s'appuie sur le contrôle aux frontières et la surveillance des élevages par le réseau de vétérinaires sanitaires. Nous privilégions la séquestration et l’abattage des animaux madades plutôt que la vaccination qui interdirait les sorties à l'exportation des viandes et des œufs à couver. En effet, un pays ne garde son statut d'indemne au niveau sanitaire que s'il ne vaccine pas.
Louis Orenga, directeur du CIV
« Consommer en confiance »
En France et dans l'Union européenne, l'influenza aviaire n'existe pas. La viande est issue d'animaux sains elle peut être consommée en confiance. Cet exercice de simulation de Kergloff s'est fait dans la transparence, vis-à-vis du public. L'objectif est d'expliquer aux consommateurs que l'on a mis en place les mesures de précaution et que les services sont prêts face à une éventuelle apparition du virus.
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