Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Phosphore : état des lieux
 
Les deux cartes ci-contre montrent l'évolution des teneurs en phosphore dans les sols bretons en 15 ans. Marc Michel, directeur régional de l'Agriculture et de la Forêt (DRAF) et Bertrand Guizard, chargé de la Mission Régionale et Interdépartementale de l'Eau (MIRE) s'expriment sur les possibilités d'actions.

L'accumulation du phosphore dans les sols et les plans d'eau est-elle inquiétante ?

Oui. Contrairement à l'azote, le phosphore est très peu lessivé mais peut migrer dans le réseau hydrique si les sols sont soumis au ruissellement et à l'érosion. Des efforts de réduction à la source ont été réalisés, au niveau des quantités d'engrais minéraux phosphorés et de l'alimentation des porcs et des volailles. Les niveaux d'accumulation atteints dans certains cantons en l'espace de 15 ans montrent qu'il est néanmoins urgent de mettre en place des actions supplémentaires pour stopper cette évolution.

Quelles solutions pour éviter ces migrations ?

Il faut limiter l'érosion. Les bandes enherbées y contribuent mais, elles sont insuffisantes. Il faut des talus plantés d'arbres pour créer un obstacle mécanique sur le chemin de l'eau. Nous avions inscrit dans la Charte Pérenne, l'engagement de mener des actions sur le phosphore d'ici 2006. Nous devons inciter les agriculteurs à s'engager dans cette voie, quelle que soit la dimension de leur exploitation. Pour ceux qui sont soumis au règlement sanitaire départemental, l'accompagnement peut se faire par des mesures financières à la plantation de haies et talus dans le cadre d’un partenariat avec les collectivités territoriales.

Pour ceux qui sont soumis à la réglementation des installations classées, il est souhaitable d'avoir un diagnostic à la parcelle pour bien cerner l'accumulation du phosphore dans le sol et les risques d'érosion. Après ce diagnostic précis comparable à celui réalisé pour la migration des produits phytosanitaires, les parcelles seront classées en fonction de leurs risques et l'exploitant sera incité à aménager des talus.

L'incitation peut-elle devenir une obligation ?

La profession agricole nous fait observer que d'autres secteurs que l'agriculture sont concernés et que la migration du phosphore n'est pas prouvée si la parcelle est bien isolée. Une prochaine réunion entre les représentants des professionnels, des collectivités et de l'Etat devrait permettre d'aboutir à un concensus, car il faut l'adhésion de tous si on ne veut pas se retrouver dans une situation identique à celle des nitrates, dans quelques années. Il restera à régler le financement de cette action. Par ailleurs, le département pédologie de l’Agrocampus de Rennes doit nous éclairer sur la phyto-toxicité du phosphore et l'incidence du niveau d'accumulation en fonction de la nature du sol, de sa profondeur, du taux d'argile, de sable ou de matière organique.

Au delà de 400 ppm de phosphore dans le sol, faut-il appliquer des mesures complémentaires ?

Nous sommes en discussion avec la profession et les scientifiques pour obtenir un compromis qui soit bon au niveau agronomique et environnemental, supportable et économiquement viable. Toute mesure complémentaire doit être réfléchie. Il n'est pas question de faire porter la responsabilité aux filières ni de les déstabiliser, ni de régler le problème du phosphore en déséquilibrant la fertilisation azotée.

Les agriculteurs seront-ils les seuls à supporter les efforts ?

Non. Le projet de classement de toute la Bretagne en zone sensible à l'eutrophisation des eaux entraîne des obligations pour les collectivités. Les communes de plus de 10 000 équivalents-habitants effectuant des rejets dans un milieu d'eau douce, vont devoir mettre en place des procédés de déphosphatation. De son côté, l'Agence de l'Eau incite fortement les communes plus petites à utiliser les mêmes procédés. Par ailleurs, le ministre de l'Ecologie s'est engagé à faire retirer du marché les lessives contenant des phosphates, d'ici fin 2007 (actuellement 80 % des lessives sont sans phosphates). Tout le monde doit faire des efforts".

Propos recueillis par Patrick Bégos



Piéger ne suffit pas


"Les phosphates sont indispensables à la vie. Ils ne sont jamais toxiques même en grande quantité. On peut même en boire jusqu'à plus soif", explique Jean-Claude Fardeau, scientifique spécialiste de cet élément.

À la différence de l'azote, les phosphates ne sont pas volatils et sont très fortement retenus par les constituants du sol. "La connaissance du stock de phosphore total d'un sol est de peu d’intérêt pour l'agronome. Seul est important le stock de phosphates susceptibles d'être mobiles dans l'environnement, et tout particulièrement vers les plantes".
L'essentiel est d'origine rurale
C'est cette mobilité dans l'environnement, et plus précisément sa fuite vers les cours d'eau, qui, aujourd'hui, est au-devant de la scène. Avec pour corollaire, l'eutrophisation des milieux aquatiques. "C'est-à-dire le processus par lequel les plantes aquatiques se développent de manière jugée excessive par rapport aux potentialités du milieu pour assurer leur destruction aérobie à leur mort. Si tout se passait en milieu constamment aérobie, le résultat serait une libération de gaz carbonique, d'eau, de nitrates, de phosphates, etc. Mais nombre de bactéries dégradant les matières organiques sont des bactéries anaérobies. À la mort des végétaux, ces bactéries transforment les matières organiques végétales en de nouveaux produits organiques (dont certains peuvent être toxiques) qui rendent les eaux non potables puisque les eaux ne sont plus ni limpides, ni incolores, ni non insipides".
L'eutrophisation a considérablement augmenté depuis l'intensification des pratiques agricoles dans nombre de zones sensibles. "Rappelons que l'agriculture consomme de 95 à 97 % de la production mondiale de phosphates. Le bilan entrées-sorties de phosphore sur le territoire agricole breton est largement excédentaire (de 35 % au minimum à 50 % plus probable) en raison de l'entrée des aliments pour le bétail".
"L'essentiel du phosphore qui rejoint les eaux de surface dans des zones comme celles d'une partie de la Bretagne, de la Hollande, de la Belgique, de la Catalogne, est du phosphore d'origine rurale diffuse, puis d'origine rurale ponctuelle et fort peu, sauf exception, du phosphore provenant des eaux résiduaires, le taux d'épuration du phosphore dans les eaux résiduaires ayant grandement augmenté depuis 20 ans".
80 à 90 % sous forme de particules
Lorsque la teneur de la matière organique des sols diminue, le pouvoir fixateur des sols augmente. Ce qui explique pour partie que les sous-sols soient très fixateurs des phosphates et contribuent de ce fait à leur absence dans les eaux de profondeur. L'addition de composés organiques, mêmes sans phosphate, contribue à l'inverse à diminuer le pouvoir fixateur, c'est-à-dire à faciliter la mobilité des ions phosphates dans le milieu.
Le transport de phosphore vers les eaux se fait de 80 à 90 % sous forme de particules. Le lessivage existe, mais est proportionnellement très peu important.
La diminution de l’eutrophisation impose donc d’empêcher le phosphore rejoindre les eaux. On peut donc imaginer de piéger le phosphore avant son arrivée dans les eaux de surface au moyen de bandes enherbées. Il existe cependant une différence considérable entre les pesticides organiques et le phosphore : les premiers se dégradent plus ou moins vite, mais se dégradent petit à petit ; le phosphore est conservatif. Son accumulation dans un dispositif enherbé ne peut que conduire à terme, si l’herbe n’est pas récoltée fréquemment qu’à de nouveaux relargages dans les milieux aquatiques.
"Imaginer conseiller aux agriculteurs des apports de phosphore nettement supérieurs aux exportations par les récoltes dans les situations où le phosphore n'est plus ou ne sera plus, pour quelques décennies, facteur limitant de la production, c'est courir à l’eutrophisation des eaux chaque fois que l’érosion ne sera pas maîtrisée à 100 %, ce qui reste pour le moins difficile, voire illusoire. Il semble donc souhaitable de conseiller, simultanément au combat contre l’érosion des terres de diminuer, voire supprimer les apports de phosphore, sur nombre de parcelles bretonnes si l'on souhaite juguler efficacement les flushs d'eutrophisation", conclut cet expert.

Recueilli par D. Le Du




La profession propose 150 kg de phosphore par hectare


"Le risque majeur des normes en préparation dans les sphères de l'administration régionale (90 unités de P2O5 en porc ; 130 unités en volailles), c'est de remettre en cause les efforts réalisés sur l'azote depuis la mise en place des premiers plans de résorption", explique Hervé Gorius, ingénieur à l'Observatoire environnemental de la Chambre d'agriculture du Finistère. "Car réduire les apports de phosphore reviendrait à réduire les volumes de lisier et de fumier et donc à abaisser le seuil de 170 unités d'azote par ha. Ce changement est ingérable sur le plan administratif (révision des plans d'épandage). D'autre part, il conduira les agriculteurs à apporter des engrais azotés minéraux pour satisfaire les besoins des plantes. Tout cela sans qu'il n'y ait quelque effet sur les teneurs de phosphore retrouvé dans les cours d'eau".

"Pas complètement fermée à la problématique phosphore", la profession agricole bretonne propose donc "un plan d'actions réaliste". "En parallèle de la poursuite de la mise en place de moyens de lutte contre l'érosion, elle suggère de borner les apports à 150 kg/ha de phosphore. Cette "norme" de 150 kg étant un compromis qui tient compte des teneurs du lisier de porc et du fumier de volailles". (En apportant 170 unités d'azote sous forme de lisier, cela fait en moyenne 110 kg de phosphore ; en volailles, 170 unités d'azote correspondent à 165 unités de P2O5).

D. Le Du



"Maîtriser la fertilisation"


L'analyse des ventes d'engrais, en Bretagne, montre que les quantités de phosphore apportées sous forme minérale, ont pratiquement été divisées par deux en l'espace de 10 ans, passant de 40 unités par hectare de SAU en 1991-92 à 20 unités en 2001-2002 (sur l'ensemble de la SAU bretonne). Parallèlement, les progrès réalisés en alimentation porcine et avicole ont permis de réduire la teneur en phosphore du lisier et du fumier.

Olivier Cor, responsable agronomie de Coopagri Bretagne témoigne : "Dans les nombreuses analyses de sol, faites par notre laboratoire (plus de 10 000 par an), nous préconisons un niveau minimum de teneur en phosphore du sol de 200 ppm. Au-delà de 400 ppm, nous conseillons une suppression des apports". Mais les effluents organiques apportés sur les cultures contiennent aussi du phosphore, si bien que celui-ci continue à s'accumuler dans le sol.

«La bonne démarche de fertilisation doit s'appuyer sur une analyse régulière de la teneur du sol en phosphore. Il faut ensuite tenir compte des quantités de phosphore exportées par les cultures.» Un blé exportera environ 70 kg/ha, un maïs grain 50 kg, un maïs ensilage 115 kg. Les cultures les plus exigeantes sont les épinards, la pomme de terre et le colza. Pour faire face à ces exportations, il faut prendre en compte les quantités de phosphore contenues dans les effluents organiques. Un apport de 105 kg de phosphore par hectare correspond à un épandage de 35 tonnes de fumier de bovin ou 30 m3 de lisier de porc ou 6 tonnes de fumier de volailles.
Dans la plupart des situations, l'apport d'effluent organique est largement suffisant pour compenser les exportations des cultures. Les quantités d'engrais minéral devraient encore baisser mais leur réduction se heurte souvent à l'interdiction de transferts d'effluents entre exploitations d'élevage et exploitations de cultures.

La mise au point de nouveaux engrais starter pour stimuler la croissance du maïs permet également de réduire les apports. "En passant du 18-46 au 14-30 puis au 25-15, nous avons pu réduire les apports de phosphore par hectare sans diminuer l'efficacité de la localisation. 100 kg d'engrais starter 18-46 équivalent à 46 kg/ha de phosphore, alors que 80 kg d'Entec 25-15 apportent 12 kg de phosphore", souligne Olivier Cor.

Patrick Bégos




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Date de l'article : semaine du N° du 6 au 13 Mai 2005
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Musée de l’école rurale de Trégarvan (29) / Au porte-plume et à l’encre violette





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