VOLAILLES DE CHAIR :Atouts et contraintes du ramassage mécanisé
Hebdomadaire N° 2463
- 05/07/2002
Une étude réalisée les Chambres
d’Agriculture de Bretagne après enquête auprès d’aviculteurs bretons dresse
un état des lieux de la mécanisation du ramassage de volailles en terme de
coûts, de cadences de travail, d’organisation de chantiers, de contraintes
d’aménagement des élevages et d’impact sur la qualité des carcasses.
Le ramassage mécanisé des volailles s’est accentué ces dernières années
sous l’impact de la raréfaction de la main d’oeuvre et de l’augmentation des
coûts. Dans une étude publiée par les Chambres d’Agriculture de Bretagne,
Christian Nicolas, conseiller avicole dans le Finistère rappelle la forte
progression du coût de la main d’oeuvre temporaire chez les aviculteurs
faisant appel à des équipes spécialisées. En 1996-1997, le coût du ramassage
était de 2,47 F/m2 en poulet, il passe à 3,70 F en 2000-2001, soit une
augmentation de 49,8 %. La progression est de 30,4 % en dindes. Les frais
d’enlèvement représentent entre 6 et 9 % du coût de revient du kg vif (hors
poussin-aliment).
La mécanisation du ramassage peut apporter des solutions au manque de main
d’oeuvre en diminuant le nombre d’opérateurs nécessaires et la pénibilité du
travail, en améliorant la qualité et le respect des volailles.
AMORTISSEMENT
RAPIDE EN DINDES
Toutes les machines de ramassage de dindes font appel au même principe. Il
s’agit d’un tapis convoyeur, à inclinaison variable qui se place dans
l’ouverture du portail ou d’une porte latérale. Les animaux sont déplacés
dans le bâtiment et parqués afin de les faire monter sur un premier tapis,
positionné au ras du sol. A la sortie du convoyeur, l’encagement est
effectué par deux opérateurs, les conteneurs restant sur le camion.
L’organisation du chantier est en général la suivante : 2 personnes
rassemblent les dindes en 20 minutes avant l’enlèvement, 1 à 4 personnes
participent au parcage en cours d’enlèvement et 2 personnes mettent les
dindes en cage en sortie de convoyeur. Il faut également tenir compte des
temps fixes : 20 minutes pour positionner la machine, un temps identique
pour la ranger en fin de chantier et 30 à 45 minutes pour le lavage et la
désinfection.
L’enquête montre que la machine est en général achetée en commun.
L’investissement moyen est de l’ordre de 38 400 euros (252 000 F) par groupe
d’achat. Celui-ci est constitué de 3,3 éleveurs et de 12 350 m2 soit un
investissement moyen de 3070 euros pour 1 000 m2 (20 100 F) comprenant dans
un tiers des cas l’achat individuel de tapis et de barrières de parcage.
«Pour une surface de 1 000 m2, la durée du chantier a été évaluée à 6 h 45
mn (machine) contre 3 h 30 (manuel à 12 personnes). Ce temps comprend la
préparation, l’enlèvement, le rangement et le lavage de la machine. En
tenant compte du nombre de personnes présentes, il a fallu 28 h 45 mn de
travail avec la machine contre 42 heures en manuel», précise Christian
Nicolas.
Le calcul de rentabilité est basé sur un investissement de 3070 euros par
éleveur financé par emprunt (100 % ) au taux de 4 % (type Cuma). Le coût de
la main d’oeuvre est facturé 22,87 euros (150 F HT/heure). «Sur ces bases,
le coût du ramassage est évalué à 0,13 euro/dinde avec machine contre 0,17
euro en manuel. Le temps de retour sur investissement serait de l’ordre de 4
ans et demi. Avec la machine la moins onéreuse et pour des financements à 6
% sur 6 ans, le seuil de rentabilité s’établit autour de 5 000 m2».
Interrogés sur l’intérêt de la mécanisation, les éleveurs sont globalement
très satisfaits : les problèmes de personnel sont résolus, l’investissement
est rentable sur 5 ans, le travail moins pénible, la qualité de carcasse
améliorée. Ils notent toutefois l’allongement de la durée du chantier, la
nécessité d’avoir une grande plateforme devant le portail, la difficulté de
déplacer les lots dans le poulailler...
EN POULETS,
UN COÛT IDENTIQUE
Contrairement aux convoyeurs de dindes qui travaillent à poste fixe, les
machines utilisées en poulets avancent dans le bâtiment au fur et à mesure
de l’enlèvement. Les conteneurs sont descendus du camion et déposés sur le
plateau arrière de la machine. Trois opérateurs sont nécessaires : un à la
commande de la tête de ramassage qui pilote l’avancement de l’engin et deux
à la mise en tiroir des poulets. Une quinzaine de machines sont en
fonctionnement en France, essentiellement dans des entreprises prestataires
de services.
La machine qui se déplace dans le bâtiment peut être équipée d’une tête de
ramassage qui balaye la largeur du poulailler par arcs de cercle. Elle peut
être munie d’un tablier avec tapis sur une largeur de 6 mètres et avancer
dans le poulailler à la manière d’une moissonneuse-batteuse. Dans les deux
cas, les poulets sont convoyés par un jeu de tapis jusqu’à une plateforme ou
deux opérateurs réalisent la mise en tiroirs. Un engin de manutention
alimente la machine en conteneurs vides et rapporte les pleins au camion.
La durée de mise en place de la machine est de 25 minutes en moyenne. Un
chantier manuel de 1 000 m2 demande 10,7 personnes contre 4 pour la machine.
Il faut rajouter 45 minutes pour le rangement et le lavage.
«L’investissement est de 85 000 euros (560 000 F) pour la Super Apollo de
Ciemme à 114 300 euros (750 000 F) pour la Chicken Cat. Un tel
investissement ne peut en général se faire qu’en prestation de services»,
déclare C. Nicolas.
La comparaison de coût pour l’éleveur entre chantier manuel et mécanisé est
fonction du coût de la prestation machine (en général autour de 0,03
euro/tête), le type de personnel (familial, entraide...), des tarifs
pratiqués par les équipes, du nombre de départs par lots et de la densité
d’élevage. L’enquête montre des coûts relativement similaires entre les deux
pratiques.
MOINS DE PÉNIBILITÉ ET DE SAISIES
Les éleveurs de poulets sont globalement très satisfaits : les problèmes de
personnels sont résolus, le travail est moins pénible. Il n’y a pas de
surcoût et la qualité de carcasses est améliorée (baisse de 22 % des
saisies). Il y a parfois des difficultés de déplacement sur litière grasse.
Qu’il s’agisse de dindes ou de poulets, tous les éleveurs soulignent
l’importante amélioration des conditions de travail, même si des points
restent à améliorer. Le ramassage mécanisé a néanmoins quelques limites.
C’est le cas des petits bâtiments dans lesquels les temps fixes de mise en
place sont trop importants, des bâtiments inaccessibles trop enterrés où
dotés de poteaux. Les deux systèmes (mécanisé et manuel) cohabiteront encore
pour satisfaire l’ensemble des éleveurs.