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Sommaire | " POLITIQUE AGRICOLE " | Article n°1973 |
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ENQUÊTE SUR LA CRISE BOVINE:40% des éleveurs de bovins sont «fragilisés»
 
ENQUÊTE SUR LA CRISE BOVINE : 40% des éleveurs de bovins sont «fragilisés»
 

Hebdomadaire N° 2434 - 07/12/2001

Un an après le début de la crise, l’élevage bovin fait ses comptes. Une enquête rendue publique le 27 novembre par le ministère de l’Agriculture indique que sur les 100 000 éleveurs français spécialisés dans la production de viande, près de 40 000 sont aujourd’hui « fragilisés ».

Jean Glavany l’a annoncé le 28 novembre à l’Assemblée nationale en réponse à une question posée par le député des Côtes-d’Armor, Félix Leyzour (PC), qui citait les résultats de l’enquête menée auprès des DDAF. Le nouveau train de mesures « en préparation avec l’interprofession » devra cibler les aides sur les 40 à 50 000 éleveurs qui « sont en très grande difficulté », a expliqué le ministre. Une table-ronde est prévue à cet effet avec les professionnels le 13 décembre afin de préparer la mise en œuvre d’un nouveau plan d’aides à la filière. Nul doute que les résultats de l’enquête menée par les services déconcentrés du ministère seront mis à profit par le ministre. Réalisée à la demande de Jean Glavany, cette enquête a été présentée aux professionnels – sous forme d’une synthèse – le 27 novembre à l’Ofival. Composée d’une dizaine de pages, plus les annexes, le document tente de dresser un état des lieux de la situation des éleveurs bovins en France depuis le déclenchement de la crise bovine à l’automne 2000. Il fait plusieurs constats.

Les élevages spécialisés les plus touchés

Le texte souligne tout d’abord que ce sont de façon générale les exploitations de producteurs de bovins viande spécialisés qui ont été fragilisées par la crise. Le ministère avance le chiffre de 40 000 élevages, au premier rang desquels se situent les exploitations allaitantes, les naisseurs, les naisseurs-engraisseurs et les engraisseurs spécialisés. Les exploitations diversifiées (cul-
tures/élevage ou lait/viande ou hors-sol/viande) ont pour leur part été touchées « avec une acuité variable ». Alors que certaines productions parallèles (lait, porc, fruit) ont permis à des exploitations d’absorber les pertes sur l’atelier bovin, la plupart des systèmes basés sur les céréales et la viande bovine n’ont permis aucune compensation. De façon générale, les exploitations détenues par les jeunes agriculteurs, les récents investisseurs et les exploitants de plus de 50 ans « peu réactifs » sont particulièrement en difficulté.

Résistance

Néanmoins, le ministère estime que « l’examen détaillé des retours d’information des départements ne fait pas ressortir une situation globale du secteur qui soit à ce jour critique, tant pour l’état des stocks d’animaux présents sur les exploitations que pour leur situation économique et financière, si ce n’est celle des exploitations déjà fragiles avant crise qui devient maintenant préoccupante ». L’enquête indique que la plupart des DDAF ont souligné la capacité de résistance « relativement importante » des exploitations allaitantes en raison du taux d’endettement « souvent bien plus faible que pour la majorité des autres productions ». Le ministère tire par ailleurs un bilan positif des mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre la crise. Il n’en ajoute pas moins que « la situation reste tendue et l’effet de ces mesures, qui sont maintenant arrivées à terme, s’estompe ». L’enquête indique que certains éleveurs, pour résister à la crise, ont épuisé leurs réserves financières en 2001, ont procédé à des décapitalisations, ou recouru de façon importante à des prêts à court terme tant auprès des établissements financiers que des fournisseurs. Bref, ils abordent 2002 sans marge de manœuvre alors que la crise « n’a pas encore produit tous ses effets sur les bilans d’exploitation ». Les économies de charges (investissements et achats différés) déjà réalisées ne pourront se renouveler sans danger pour l’exploitation, reconnaissent les pouvoirs publics.

Des effets
à moyen terme

En ce qui concerne, l’installation, la cessation d’activité et les investissements, l’enquête indique qu’il est encore trop tôt pour avoir des effets mesurables. Quelques chiffres sont néanmoins avancés en annexe du document. Jusqu’à présent, la crise n’aurait été l’élément déclencheur que pour 1 % des cessations d’activité dans les ateliers bovins lait et/ou viande depuis l’année 2000. De même, seul 1 % des recours aux procédures Agridiff seraient liés directement à la crise. Le ministère prend néanmoins la précaution de dire que ce n’est qu’à compter de 2002 que risquent d’apparaître des modifications plus lourdes. Il faut donc attendre pour évaluer les vraies conséquences de la crise.

Une « crise identitaire »

Au final, c’est bien la situation de l’élevage au premier semestre 2002 qui suscite les plus grandes inquiétudes. Car, à défaut d’une reprise du marché, les difficultés financières des exploitations pourraient grandement s’aggraver. Mais la crise n’est pas seulement économique. Un grand nombre de DDA ont insisté sur le découragement profond qui affecte le moral des éleveurs, laitiers ou allaitants. Traumatisés, sans visibilité, « un grand nombre d’éleveurs sont dans l’expectative sans avoir la possibilité de développer de véritable stratégie organisée de gestion de leur production, hormis la volonté de ne pas brader leurs produits ». Ainsi, « cette crise n’apparaît pas seulement comme une crise économique mais aussi comme une crise identitaire du métier d’éleveur », poursuit le ministère. La gestion de cette crise devra donc « s’intégrer dans un plan ambitieux de reconquête de la consommation et de l’image de la filière bovine » conclut l’enquête.

Les syndicats critiquent les résultats
de l’enquête

Le bilan de l’enquête sur la situation des éleveurs bovins présentée le 27 novembre est une présentation « biaisée de la situation économique réelle des éleveurs bovins », estime la Fédération nationale bovine (FNB) dans un communiqué. Réagissant au qualificatif de « non-critique » que le ministère utilise pour qualifier globalement la situation actuelle du secteur, la FNB précise que « en aucun cas les éleveurs exposés à la plus grave crise jamais connue, et à des pertes pouvant atteindre 30 à 40 %, voire plus, de leur revenu dans de nombreux systèmes allaitants spécialisés notamment, ne peuvent reconnaître dans ce bilan la situation individuelle qui est la leur ». La FNSEA se dit pour sa part « loin de partager une partie de l’optimisme des chiffres publiés » et ajoute qu’« il ne faut pas que tous ces chiffres déshumanisent les situations réelles ». La FNB demande d’urgence « un plan d’ampleur de compensations », et la FNSEA un plan rapide et efficace d’« accompagnement aux revenus ».

La Confédération Paysanne – qui avait été le seul syndicat à réagir le jour même de la présentation de l’étude – a pour sa part regretté que les résultats de ces travaux ne permettent pas d’identifier les catégories d’éleveurs
les plus touchés. Selon le syndicat le diagnostic réalisé est basé sur l’endettement des éleveurs « alors que ceux-ci font traditionnellement peu appel au système bancaire ». La Confédération revendique le déblocage d’une aide exceptionnelle à l’actif, réservée aux fermes de petite et moyenne dimension économique et proportionnelle à la part
de l’activité viande bovine dans l’activité totale.



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Date de l'article : semaine du N° du 7 au 14 Décembre 2001
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Musée de l’école rurale de Trégarvan (29) / Au porte-plume et à l’encre violette





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