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BASSIN VERSANT DE HAUTE VILAINE:Le Préfet à la rencontre des élus et des agriculteurs
 
BASSIN VERSANT DE HAUTE VILAINE : Le Préfet à la rencontre des élus et des agriculteurs
 

Hebdomadaire N° 2430 - 09/11/2001

Le préfet Claude Guéant était récemment à Vitré pour prêcher la bonne parole de la reconquête de l'eau et ainsi justifier ou au moins expliquer les mesures prises, en particulier dans le cadre du nouveau programme d'actions de la directive nitrates et les nouvelles normes Corpen. Si les agriculteurs sont d'accords sur les objectifs, les avis divergent encore largement sur les mesures et leurs conséquences

Le président du Symeval (syndicat des eaux), Joseph Prodhomme et Pierre Méhaignerie ont reçu récemment à Vitré le préfet Guéant pour une réunion d'explications et d'échanges avec les élus locaux et les représentants des agriculteurs du Bassin de Haute Vilaine sur les problèmes de qualité de l'eau.

Ce bassin de Haute Vilaine est particulièrement important pour la ressource en eau du département puisque le Symeval est le premier syndicat d'alimentation en eau, couvrant 83 communes pour
180 000 habitants.

Pour Joseph Prodhomme, la venue du préfet "est un appui fort aux efforts que nous faisons et à ceux que font les agriculteurs". Ou du moins une très grande majorité d'entre eux et il ne craint pas non plus d'affirmer "qu'on ne pourra plus tolérer les quelques pour cent qui n'ont encore rien compris".

Avant d'aborder les choses qui plaisent moins, le préfet a tout d'abord rappelé que "dans la Région Bretagne, il n'y a plus de dégradation globale et les choses sont maîtrisées. Maintenant il faut passer à une reconquête constatable". Un diagnostic et une ambition sur lesquels tout le monde est d'accord. Reste à mettre en œuvre.

PEU DE NOUVEAU DANS LE 2è PROGRAMME

Venant en appui au Préfet, le directeur de la DDAF a fait un bilan pour le moins négatif des résultats du premier programme de la directive nitrates : "Le bilan du programme 1996-2001 est décevant. Moins de 50 % des agriculteurs tiennent un cahier de fertilisation (mais ceux qui le font estiment que c'est un bon outil pour eux). Le calendrier d'épandage est conditionné au PMPOA et seulement 20 % des travaux sont terminés. Les résultats pour les plans de fumure et les couverts végétaux (spécifiques au 35) sont très décevants…"

Le deuxième programme n'apporterait en fait pas beaucoup de nouveautés. Il reprend le calendrier d'épandage, les plafonds de fertilisation et le cahier de fertilisation. Ce qui est nouveau, c'est surtout le plan de fumure prévisionnel. La notion de ZES (avec nouveau calcul en fonction des normes Corpen) est reconduite mais apparaissent aussi des "ZAC" (Zone d'Action Complémentaire) là où des prises d'eau sont en dépassement et nécessitent la mise en place d'actions renforcées (essentiellement des couverts végétaux subventionnés sur 5 ans) mais avec aussi une pause dans le développement des productions.

Ce qui est en fait peut-être le plus nouveau, c'est l'obligation de contrôles par l'administration et la mise en place de sanctions pénales . Pour le préfet, "ce qui est sans doute le plus ressenti, c'est qu'il y a une volonté de faire appliquer une réglementation qui ne l'était pas assez".

TRÈS FORTE INCIDENCE DES NOUVELLES NORMES CORPEN

Plus que le deuxième programme lui même, ce qui inquiète les éleveurs, c'est la révision des normes Corpen pour les déjections bovines. La production d'azote par une Unité de Gros Bovin augmenterait de 20 unités (les chiffres ne sont pas encore officiels). Soit pour un troupeau moyen de 60 UGB, 1 200 kg d'azote, ce qui suppose 7 ha de surface épandable en plus.

Pour Michel Painchaud (agriculteur, président du Geda et membre de la commission agricole du BV) cela représenterait pour le Bassin Versant de Haute Vilaine (700 exploitations avec bovins), un besoin supplémentaire de
5 000 ha, soit encore l'équivalent de 150 exploitations de 35 ha.

Pour lui, à défaut des surfaces disponibles, les éleveurs augmenteront la productivité par vache pour limiter les surfaces nécessaires. Ainsi pour un quota de 230 000 litres, il suffirait de 15 ha avec des vaches à 9000 L contre 20 ha pour des vaches à 6 000 litres. Et cela conduirait inévitablement à une augmentation des surfaces en maïs dans la région et à l'abandon des bandes enherbées, ce qui va évidemment à l'encontre du but recherché.

Les producteurs hors-sol seraient également très pénalisés car ils se verraient retirer des surfaces d'épandage chez les producteurs de bovins et de nombreux témoignages ont montré qu'ils se retrouvaient sans réelle solution de rechange. Plutôt que de changer les normes, les agriculteurs font des propositions de type agronomique (plan de fumure, cahier de fertilisation, couverts végétaux, épandage sur herbe…).

Face aux critiques, le Préfet et le directeur de la DDAF ont évidemment facilement justifié l'évolution des normes par celle des bovins qui ne sont évidemment plus les mêmes qu'il y a 20 ans. Les normes françaises actuelles sont également sensiblement inférieures à d'autres pays européens (1).

PEU DE SOLUTIONS

Face à toutes ces difficultés, les solutions concrètes sont évidemment limitées. Pour Claude Guéant "il y a de la place pour le volontarisme et l'action de terrain et s'il n'y a pas de reconquête de la qualité de l'eau, on va dans le mur". C'est sans doute évident, mais les solutions le sont moins.

Les actions Bassin Versant vont se poursuivre avec un accompagnement plus individualisé des pratiques. Un CTE collectif va également être proposé sur le bassin versant.

Pour le directeur de la DDAF, "si on ne veut pas diminuer le cheptel, la seule solution concrète c'est le traitement. En porc surtout et aussi en aviculture, le pas psychologique est fait. En bovins, on n'en est pas là mais on peut mettre en avant le compostage et l'ajustement de la consommation d'azote minéral…".



(1) Selon les normes Corpen, la vache française produisait jusqu'à présent 73 kg d'azote alors que l'allemande était à 94,5 kg, la suisse à 117, la hollandaise à 124 et la danoise à 133 …Des disparités difficilement compréhensibles.

Jean Louis Le Rest



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Date de l'article : semaine du N° du 9 au 16 Novembre 2001
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