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POMMES DE TERRE :La protection raisonnée contre le mildiou
 
POMMES DE TERRE : La protection raisonnée contre le mildiou
 

Hebdomadaire N° 2409 - 08/06/2001

Le mildiou apparaissait durant ces dernières décennies comme un problème parasitaire relativement bien étudié et connu. Cependant, les évolutions de ce champignon et de la société (respect de l’environnement, exigences nouvelles…) imposent une certaine remise en cause des pratiques actuelles de protection fongicide.

Compte tenu de la multiplicité des symptômes sur tous les organes de la plante et du caractère épidémique de cette maladie, les nuisances du mildiou sont importantes car elles affectent à la fois le rendement et la qualité des tubercules (pertes en conservation, surcoût de triage). Vu les risques encourus, une protection fongicide très soignée est indispensable pour contrôler correctement l’évolution de la maladie dans les parcelles.

Le nombre de traitements fongicides varie peu suivant les années pour s’établir en moyenne en France aux environs de 13 applications par an (6 à 20 suivant le type de pommes de terre et la précocité des variétés). Cela entraîne des coûts de protection fongicide élevés (1500 à 2000 F/ha en moyenne) et une consommation importante de substances actives.

La variation du nombre de traitements entre une année climatique peu favorable et très favorable au mildiou est relativement faible (économie de 2 traitements en moyenne). Il y a donc tout lieu de penser qu’un certain nombre d’applications pourrait être évité dans les années à faible pression. Il en est de même pour des variétés moyennement voire peu sensibles qui reçoivent actuellement pratiquement les mêmes programmes de traitement que les variétés sensibles.

LA PROTECTION
RAISONNÉE

La protection raisonnée repose donc sur l’adoption de méthodes culturales (choix de variétés résistantes, gestion des déchets, choix de successions culturales permettant de réduire la pression parasitaire), l’utilisation de produits phytosanitaires homologués et adaptés aux conditions de milieu (pression de maladie, climat et apport de la bonne dose au bon moment et stade de la plante).

La protection raisonnée contre le mildiou de la pomme de terre passe, en particulier, par quelques principes fondamentaux :

- Assurer une prophylaxie efficace en détruisant les tas de déchets et en luttant contre les repousses de pommes de terre dans les autres cultures de la rotation (réduction des foyers primaires d’infection). Il s’agit du principal pilier de la protection raisonnée nécessitant une prise de conscience et un engagement collectif de la filière dans chaque région et qui, en cas de défaillance, rend le raisonnement à la fois plus compliqué et plus risqué.

- Déclencher les interventions anti-mildiou lorsque des systèmes de prévision alertent des risques d’attaques de manière à éviter les traitements inutiles ou piloter les cadences d’application sans prise de risque.

- Raisonner le choix des produits utilisés selon leurs modes d’action et les conditions de milieu (pression parasitaire, risque de lessivage, stade de culture).

- Protéger la parcelle jusqu’à destruction complète du feuillage après défanage.

LES OUTILS D’AIDE
A LA DECISION

Un outil d’aide à la décision pour la protection raisonnée est basé sur un ou plusieurs modèles de prévision épidémiologique alimentés par des données météorologiques recueillies dans la parcelle ou dans un environnement proche à l’aide d’une station météorologique automatique.

L’objectif est de pouvoir intégrer ces modèles dans des outils d’aide à la décision permettant de fournir des dates optimales de traitement aux producteurs de pomme de terre. Le développement de ces systèmes permettra donc, après validation des seuils de déclenchement, de ne traiter que lorsque l’intervention sera pleinement justifiée par l’évolution potentielle de la maladie sur la parcelle.

Les résultats obtenus sont très encourageants et, même si la validation des seuils d’intervention n’est pas totalement terminée, l’adaptation de cet outil aux conditions françaises paraît réalisable à moyen ou court terme.

Cependant, l’objectif à priori de ce type d’outil n’est pas de fixer une proportion de réduction du nombre de traitements mais de ne réaliser que les traitements nécessaires et de leur assurer un positionnement optimal par rapport à l’évolution du champignon sur la parcelle.

La validation du modèle épidémiologique Ullrich-Schrödter est maintenant bien engagée. Il reste cependant utile de valider les seuils utilisés dans les outils d’aide à la décision qui utiliseront ce modèle et, en particulier, la valorisation de la résistance variétale au mildiou et les nécessaires adaptations régionales. Enfin, ces outils sont entièrement basés sur des données météorologiques. Il convient donc de s’assurer en permanence de la qualité de ces données par une maintenance sans faille des stations météorologiques utilisées.

ACCES A L’INFORMATION

Valider des outils d’aide à la décision n’est pas suffisant pour permettre aux filières pommes de terre de pratiquer une véritable protection raisonnée. Il faut un (ou plusieurs) mode(s) performant(s) de diffusion des informations issues de ces outils de manière à ce que chaque producteur puisse pratiquer pleinement le raisonnement de la lutte contre le mildiou.

Compte tenu des caractéristiques importantes de cette maladie (caractère épidémique, faibles possibilités de lutte curative, adaptabilité du champignon…), il y a donc nécessité de réagir très rapidement à chaque période de risque identifiée par les outils d’aide à la décision (le traitement doit être réalisé dans les 12 à 24 heures !). En conséquence, la diffusion de l’information doit être très rapide et si possible avec des mises à jour quotidiennes.

Le meilleur moyen d’être efficace dans cet objectif est donc la mise en œuvre de l’outil directement par le producteur. Cette solution d’utilisateur individuel n’est réaliste que pour des exploitations cultivant plus de 20 à 30 ha de pomme de terre (compte tenu de l’investissement nécessaire).

Par contre, pour des surfaces plus restreintes, une utilisation en commun, à plusieurs producteurs d’un même terroir (sorte de CUMA), est possible. Cette utilisation peut se mettre en place par l’intermédiaire de structures de conseil.

La protection raisonnée de la pomme de terre contre le mildiou est inéluctable. Elle devrait permettre de réduire significativement le nombre de traitements fongicides appliqués en cours de culture et de justifier l’utilité des applications réalisées. Elle s’appuiera sur une lutte prophylactique collective efficace et sur l’utilisation d’outils d’aide à la décision dont la validation est bien avancée à ce jour.

Il reste alors un très gros challenge : imaginer des systèmes d’accès à l’information cohérents avec l’indispensable réactivité par rapport au risque représenté par ce champignon redoutable. La mise sur le marché des outils d’aide à la décision validés devrait permettre à tous les producteurs de pommes de terre de disposer en direct (sur leur exploitation) ou d’avoir un accès en temps réel (via les nouvelles technologies de l’information et de la communication) à ces informations nécessaires à la protection raisonnée.

 

Denis Gaucher ITCF



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Date de l'article : semaine du N° du 8 au 15 Juin 2001
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Musée de l’école rurale de Trégarvan (29) / Au porte-plume et à l’encre violette





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